jeudi 15 avril 2010

Permis d'embellir

Petit Bouton d'or a fait le tour de la maison armée de l'appareil photo, pour fixer des images de ce printemps particulièrement fleuri.

Elle en a rapporté les preuves que son regard sur le monde est déjà très personnel et qu'il vaut la peine de lui confier plus souvent le soin d'exprimer son talent ...

De quoi surprendre Myosotis qui n'a pas fini de s'étonner des merveilles de son petit jardin...

Et pour faire bonne mesure, puisque Petit Bouton d'or a désormais le droit de photographier ce qu'elle perçoit de la beauté, Myosotis et son Grand Chêne viennent de recevoir leur permis de construire pour la rénovation du premier niveau de la maison... A l'une, le permis de montrer ce qu'elle trouve beau.

Aux autres, le permis d'embellir le quotidien en modifiant la cuisine et ce qui va autour...

Nonobstant le caractère éphémère de toute chose.

jeudi 1 avril 2010

Avril, avril, avril...

... ça me rappelle quelque chose...
C'était l'année dernière, je crois...
Au soleil, des pétales roses...

Cherry blossom !
Même sur les bords de l'autoroute
même sur les vieux arbres cassés
même dans les gros fils électriques que les branches ne parviennent pas à cacher
Charmants pétales blancs ou roses
avec les premières nuances de vert qui annoncent les feuilles nouvelles

Un souffle
A peine le temps de s'émerveiller et déjà
le sol se couvre d'une couche blanche qui nous rappelle un peu janvier
Un souffle
un instant
éphémère et délicat
doux et fragile comme un nouveau je t'aime

Averse de pétales-
je voudrais boire
l'eau des brumes lointaines !

Kobayashi Issa

mardi 30 mars 2010

Pour dire les derniers jours de MARS

Il faudrait parler de l'espoir, l'espoir d'avoir chaud enfin, de tendre le visage vers le soleil et de ne plus avoir à se protéger du vent...
Il faudrait décrire les bourgeons, feuilles à venir, promesses de fleurs, brindilles fragiles mais bourrées de sève que les averses abattent sur le sol...
Il faudrait évoquer la joie de revoir les écureuils gris courir sur les troncs gris, d'écouter le tapage des oiseaux dans les branches et de compter les premiers crocus...
Ces sentiments mêlés de lassitude et de bonheur timide, c'est Verlaine qui les dit à merveille :

...C'est le printemps sévère encore,
Mais qui par instant s'édulcore
D'un souffle tiède juste assez
Pour mieux sentir les froids passés...

jeudi 11 mars 2010

les grands V

Il ne reste de la neige que de petits tas noirâtres au coin des rues. On se demande encore comment ces flocons légers ont pu élever des murs autour des maisons, abattre des arbres et rendre le quotidien si compliqué...
Le Grand Chêne est parti au bout du monde. La vie doit continuer sans lui, mais comment fait-il pour prendre tant de place même quand il n'est pas là ?
Les soirées sont encore froides, on fait du feu dans la cheminée quand on en prend le temps, et quand les flammes s'éteignent, à l'heure des braises qui palpitent en rubis derrière la petite porte du foyer bien clos, on pourrait rester là, s'endormir dans le fauteuil avec un livre serré sur le coeur...

Alors quand revient le matin, quand il faut sortir tout le petit jardin de son lit et de la maison, prendre la voiture et se joindre au cortège inévitable des autres, sur l'autoroute, ce n'est pas vraiment la joie. On cherche à entretenir une conversation avec Mademoiselle Bee peu disposée à écouter autre chose que sa radio préférée, on demande à la cantonade si tout va bien, on vérifie que Petit Bouton d'or s'est munie d'une couverture le temps de se réchauffer, on surveille Petit Sapin impassible tout au fond... Seul Petit Lierre se manifeste et commente la présence d'un camion ou l'absence de tractopelle, mais il finit par se taire aussi...
Dans la grisaille et les bruits de moteurs, parmi les branches nues des arbres et des broussailles du bas-côté, le regard accroche plus facilement les détritus abandonnés dans la boue par la fonte des neiges que les rayons timides du soleil levant qui fait ce qu'il peut derrière les nuages.
Mais soudain, dans un coin du ciel, un grand V, immense... Des oies sauvages ? Peut-être... De grands oiseaux, en tout cas... Un vol bien dessiné, qui se désagrège et se reforme sans cesse, comme une vague qui avance vers le nord (la boussole de la voiture le confirme). On le sait bien, c'est le moment, et d'ailleurs les chants d'oiseaux ont repris dans les arbres du voisinage. Rien d'étonnant donc, les migrateurs reviennent. Mais que c'est beau !

A ne plus regarder la terre... A laisser le ciel emplir tout l'espace, envahir nos yeux et nos coeurs... A oublier tout ce qui n'est pas là haut... Guetter s'il vient encore d'autres grands V, s'en émerveiller entre deux arrêts pour un feu rouge, prendre en quelque sorte notre envol et porter sur aujourd'hui un autre regard...

dimanche 28 février 2010

En secret le printemps...

Il faut y croire, parce que les semaines se succèdent et parce que la page du calendrier est enfin tournée : c'est le mois du printemps.
Liste de bonnes résolutions :
1) ne pas laisser le temps qu'il fait décider de l'humeur du jour (même si la neige noircit le long des routes)


2) ne pas oublier de voir ce qui est beau (même si la couche de neige du jardin fond trop lentement)

3) garder courage en pensant à ceux qui perdent tout dans les catastrophes multipliées (solidarité des coeurs et Communion des Saints)


4) attendre le retour du Grand Chêne avec le sourire (pour le bien du petit jardin)

5) ça suffira comme ça.

vendredi 12 février 2010

Cher Facteur

Je n'ai pas oublié le matin gris de la première chute de neige de l'hiver, qui fut aussi celui de votre spectaculaire chute devant chez nous, au cours de laquelle vous êtes malencontreusement tombé sur le DVD du film que vous nous apportiez (et que nous attendions avec impatience).
Je ne sais pas si vous passerez aujourd'hui pour nous apporter un autre DVD ainsi que les dépliants publicitaires et autres inutilités que vous déposez fidèlement dans notre boîte par tous les temps.

Mais dans l'hypothèse de votre passage, j'ai préféré assurer votre sécurité, nous éviter tout conflit avec vous (dans ce pays ça se termine trop facilement par un procès...) et gratter un bon moment devant la maison. C'est que la neige accumulée sur le toit va fondre : ça va faire beaucoup d'eau et, dès que le soleil baissera, beaucoup de glace par-dessus celle qui s'y trouve déjà...J'ai essayé de casser les épaisseurs les plus considérables (et même si j'ai presque "fini" notre pelle métallique, j'ai retrouvé les marches de l'entrée)

j'ai essayé de dégager la gouttière (peine perdue), j'ai enlevé une partie de la neige (j'ai retrouvé les buissons dessous) et j'ai finalement versé du sel sur le petit chemin.
J'ai utilisé les rampes de skate de Petit Sapin pour que l'eau aille s'égoutter sur les côtés. J'ai laissé tout ça, avec l'escabeau et une pelle à neige, bien en vue, pour attirer votre attention. J'espère que vous regarderez où vous mettrez les pieds. Même Petit Lierre se montre très attentif quand il sort de la maison, car il a bien compris que ce n'est pas tout à fait comme d'habitude...

mercredi 10 février 2010

Février


Il neigeait...
A moins de partir loin au Sud, vers la Floride ou le Mexique, personne n'imaginait échapper à l'hiver. On avait acheté un gros sac de sel pour rendre les abords de la maison plus sûrs, on savait où étaient rangées les pelles à neige (au cas où) et les lampes de poche (au cas où). Après les tempêtes de décembre et janvier, on supposait que le compte était bon.
Puis des messages alarmants sont venus interrompre le cours normal des choses et le petit jardin s'est replié sur son foyer, sans trop prendre ces menaces au sérieux, dans un premier temps.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
La quantité de neige a dépassé Petit Lierre. Invitation à faire des provisions, interdiction de sortir en voiture, report de toutes les activités, écoles et World Bank fermées, pour un jour, pour deux jours, pour plus longtemps... Des nouvelles arrivaient : des gens enfermés chez eux sans électricité, des quartiers pas dégagés par les chasse-neige, des maris loin en mission, des arbres tombés ici et là...
Et le Grand Chêne a dû sortir pour dégager le toit trop chargé, tandis que l'on réfléchissait à la quantité de bois qu'il valait mieux rentrer dans la maison pour le cas où l'électricité serait coupée... On se serrerait autour de la cheminée, comme le premier matin, avant que la lumière et la chaleur ne soient enfin rétablies...
On avait fini par dégager le drive-way, les enfants avaient pu aller jouer, chacun s'extasiait devant les tas de neige accumulée et l'on pensait au moment où tout cela fondrait...Mais ce n'était pas fini. Et voilà une autre tempête...
Il neigeait, il neigeait toujours ! la froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus...

Par la fenêtre, les regards se perdent dans les tourbillons de neige fine. Une couche épaisse recouvre ce que l'on avait déjà péniblement dégagé.

Le vent souffle en désordre et les flocons s'accumulent sans uniformité, comme des vagues, des dunes, des pics menaçants à la longue... On craint la chute de branches trop lourdes sur les lignes électriques, on ne veut plus de cette neige, de ce froid immense qui n'attend qu'une occasion pour pénétrer la maison jusqu'au coeur...
C'est février, bien sûr... Mais quand même...