dimanche 2 mai 2010

Aller voir ailleurs

Quelques images de Norvège rapportées par Peter...
Quelques vers de Rimbaud qui les accompagnent...
Et voilà un peu d'ailleurs qui vient élargir l'horizon du petit jardin

(...) J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteurs de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

(...) La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

(...) J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

(Merci Peter pour ces photos, vous avez bravé le grand froid et les aéroports fermés, à vous la rude aventure et à nous l'ivresse poétique !)

mercredi 28 avril 2010

C'est presque magique

D'abord, des ouvriers sont venus couler du ciment et le lisser avec grand soin pour former une dalle, mais comme il pleuvait à verse (un temps à ne pas mettre un appareil photo dehors), il a fallu qu'ils restent un bon moment à quatre pattes pour faire sécher le ciment à l'aide d'une grosse lampe spéciale...
Dès le lendemain, avec le beau temps revenu, une première paroi est montée en un clin d'oeil

puis tout s'enchaîne si vite que Myosotis trouve du nouveau à chaque retour :

Les poutres embaument le bois frais, l'entrepreneur et son ouvrier écoutent de la musique country et acceptent de répondre à toutes les questions...En particulier, ce papier blanc Tyvek (on voit seulement vek à l'envers sur la photo) c'est quoi, à la fin ? Toutes les maisons en construction en sont couvertes... Et voilà, le mystère est levé, ce n'est pas du papier d'emballage mais il s'agit d'une couche isolante...
De poutre en poutre, le petit abri prend forme et Petit Lierre va voir dedans si l'on peut s'y amuser... Encore une porte assez large pour laisser passer la tondeuse du Grand Chêne, les poubelles et les vélos, encore des lames de plastique pour le revêtement extérieur, et voilà : ça devient très sérieuxLà où s'accumulait en couches épaisses la neige de l'hiver dernier, la maison semble s'être naturellement prolongée pour simplifier le quotidien... Et c'est de la belle ouvrage.

Du coup, on attend impatiemment le début du deuxième chantier, la semaine prochaine, promis...

jeudi 22 avril 2010

Promotion

Le chantier a commencé pour de bon !
D'abord modeste, il consistait en deux grandes planches de bois poussiéreux déposées près des buissons.

L'étape suivante vit l'affichage du permis de construire sur la fenêtre de la cuisine. Myosotis en est un peu fière, ce n'est pas évident d'obtenir ce document et ce fut l'occasion d'affronter une petite tête (modeste mais solide) de l'hydre bureaucratique.

Enfin, vint le moment de faire place : les buissons de derrière se virent promus au rang de buissons de devant. Même si l'on ne sait pas encore s'ils résisteront au déplacement, les voilà au premier plan.
Et l'on scia la partie du deck destinée à disparaître, et l'on attaqua à la masse et à la barre à mine le ciment du car-port (garage ouvert) destiné à devenir storage (rangement) et non pas shed (abri de jardin), car il y a un mur commun avec la maison, dixit l'hydre

L'étape la plus récente : un gros tas de terre déplacée et le chantier promu au rang de site de fouilles archéologiques, derrière une barrière à cause de Petit Lierre et sous une jolie bâche bleue à cause de la pluie


On attend la suite, qui doit consister en fondations pour le futur storage. Le quotidien ne subit pas encore de modification sérieuse. Le sol de la cuisine est sans doute encore plus sale qu'avant, puisque les semelles qui s'y promènent passent par le chantier avant d'entrer, mais c'est sans importance, puisque d'ici deux semaines on va TOUT CASSER !

jeudi 15 avril 2010

Permis d'embellir

Petit Bouton d'or a fait le tour de la maison armée de l'appareil photo, pour fixer des images de ce printemps particulièrement fleuri.

Elle en a rapporté les preuves que son regard sur le monde est déjà très personnel et qu'il vaut la peine de lui confier plus souvent le soin d'exprimer son talent ...

De quoi surprendre Myosotis qui n'a pas fini de s'étonner des merveilles de son petit jardin...

Et pour faire bonne mesure, puisque Petit Bouton d'or a désormais le droit de photographier ce qu'elle perçoit de la beauté, Myosotis et son Grand Chêne viennent de recevoir leur permis de construire pour la rénovation du premier niveau de la maison... A l'une, le permis de montrer ce qu'elle trouve beau.

Aux autres, le permis d'embellir le quotidien en modifiant la cuisine et ce qui va autour...

Nonobstant le caractère éphémère de toute chose.

jeudi 1 avril 2010

Avril, avril, avril...

... ça me rappelle quelque chose...
C'était l'année dernière, je crois...
Au soleil, des pétales roses...

Cherry blossom !
Même sur les bords de l'autoroute
même sur les vieux arbres cassés
même dans les gros fils électriques que les branches ne parviennent pas à cacher
Charmants pétales blancs ou roses
avec les premières nuances de vert qui annoncent les feuilles nouvelles

Un souffle
A peine le temps de s'émerveiller et déjà
le sol se couvre d'une couche blanche qui nous rappelle un peu janvier
Un souffle
un instant
éphémère et délicat
doux et fragile comme un nouveau je t'aime

Averse de pétales-
je voudrais boire
l'eau des brumes lointaines !

Kobayashi Issa

mardi 30 mars 2010

Pour dire les derniers jours de MARS

Il faudrait parler de l'espoir, l'espoir d'avoir chaud enfin, de tendre le visage vers le soleil et de ne plus avoir à se protéger du vent...
Il faudrait décrire les bourgeons, feuilles à venir, promesses de fleurs, brindilles fragiles mais bourrées de sève que les averses abattent sur le sol...
Il faudrait évoquer la joie de revoir les écureuils gris courir sur les troncs gris, d'écouter le tapage des oiseaux dans les branches et de compter les premiers crocus...
Ces sentiments mêlés de lassitude et de bonheur timide, c'est Verlaine qui les dit à merveille :

...C'est le printemps sévère encore,
Mais qui par instant s'édulcore
D'un souffle tiède juste assez
Pour mieux sentir les froids passés...

jeudi 11 mars 2010

les grands V

Il ne reste de la neige que de petits tas noirâtres au coin des rues. On se demande encore comment ces flocons légers ont pu élever des murs autour des maisons, abattre des arbres et rendre le quotidien si compliqué...
Le Grand Chêne est parti au bout du monde. La vie doit continuer sans lui, mais comment fait-il pour prendre tant de place même quand il n'est pas là ?
Les soirées sont encore froides, on fait du feu dans la cheminée quand on en prend le temps, et quand les flammes s'éteignent, à l'heure des braises qui palpitent en rubis derrière la petite porte du foyer bien clos, on pourrait rester là, s'endormir dans le fauteuil avec un livre serré sur le coeur...

Alors quand revient le matin, quand il faut sortir tout le petit jardin de son lit et de la maison, prendre la voiture et se joindre au cortège inévitable des autres, sur l'autoroute, ce n'est pas vraiment la joie. On cherche à entretenir une conversation avec Mademoiselle Bee peu disposée à écouter autre chose que sa radio préférée, on demande à la cantonade si tout va bien, on vérifie que Petit Bouton d'or s'est munie d'une couverture le temps de se réchauffer, on surveille Petit Sapin impassible tout au fond... Seul Petit Lierre se manifeste et commente la présence d'un camion ou l'absence de tractopelle, mais il finit par se taire aussi...
Dans la grisaille et les bruits de moteurs, parmi les branches nues des arbres et des broussailles du bas-côté, le regard accroche plus facilement les détritus abandonnés dans la boue par la fonte des neiges que les rayons timides du soleil levant qui fait ce qu'il peut derrière les nuages.
Mais soudain, dans un coin du ciel, un grand V, immense... Des oies sauvages ? Peut-être... De grands oiseaux, en tout cas... Un vol bien dessiné, qui se désagrège et se reforme sans cesse, comme une vague qui avance vers le nord (la boussole de la voiture le confirme). On le sait bien, c'est le moment, et d'ailleurs les chants d'oiseaux ont repris dans les arbres du voisinage. Rien d'étonnant donc, les migrateurs reviennent. Mais que c'est beau !

A ne plus regarder la terre... A laisser le ciel emplir tout l'espace, envahir nos yeux et nos coeurs... A oublier tout ce qui n'est pas là haut... Guetter s'il vient encore d'autres grands V, s'en émerveiller entre deux arrêts pour un feu rouge, prendre en quelque sorte notre envol et porter sur aujourd'hui un autre regard...