A force de conduire chacun ici et là dans les écoles des beaux quartiers, au nord-ouest de Washington DC, Myosotis commence à bien connaître certaines rues, maisons et jardins.
Ici, le jardin est paysagé à chaque printemps et des plantes exotiques aux feuilles immenses ornent tout le tour de la maison et l'angle de la rue : l'été les voit fleurir comme des feux d'artifices puis le gel de l'hiver les ratatine misérablement. Sic transit...
Là, un passionné d'automobile laisse sous bâche une voiture de collection qui ne roulera peut-être plus mais qui occupe une large partie de la rue devant chez lui.
Ailleurs, un propriétaire qui n'aime probablement pas les tondeuses a voulu se donner la sérénité d'un jardin zen : autour de sa maison carrée peinte en noir (avec fenêtres carrées blanches), le sol est couvert de fin gravier blanc et une vieille souche blanchie occupe le centre d'un carré délimité par une manière de portique en bois sombre. Hélas, un tel jardin exigerait des soins et un râtissage quotidiens, pour en ôter les feuilles mortes et les herbes folles qui s'obstinent à pousser entre les petits cailloux blancs...
Plus loin, une dame qui ne voulait pas non plus d'un simple gazon a fait de son jardin un vaste espace fleuri, dans lequel les décorations de toute sorte (girouettes, mobiles, clochettes, nains et petits faons, cadrans solaires, moulins à vents...) voisinent avec des plantations variées. Vaillante et souvent à l'ouvrage sous son chapeau de paille, elle ne se laisse pas gagner de vitesse par les mauvaises herbes et tout fleurit joliment en son temps dans son capharnaüm merveilleux...
Dans ce quadrillage que Myosotis parcourt au fil des jours, un chantier est un évènement, parfois très rapide, souvent occasion de méditation.
Il y avait ainsi, à l'angle d'une rue, une vieille maison très modeste, dont la propriétaire devait être la dernière personne du comté à faire sécher son linge dehors, sur des fils tendus dans son jardin. Le jour où les bulldozers sont venus abattre la maison, il a bien fallu en conclure que la vieille dame avait cessé de s'occuper de son linge elle-même... Un petit pincement au coeur, auquel s'est ajoutée la surprise de voir pousser en moins de temps qu'il ne faut pour y penser une énorme maison d'un vilain bleu pétrole, si large qu'elle ne laisse rien du jardin. Ces gens ont sans doute un sèche-linge.
De même, à quelques rues de là, une autre petite maison croupissait parmi les herbes folles, sous une jungle de buissons d'où deux poubelles et la carcasse d'une voiture dépassaient à peine. Les bulldozers ont tout arrangé en quelques heures et une autre énorme maison a été bâtie là, coincée entre ses voisines de même taille, comme si le gigantisme rassurait les héritiers du domaine abandonné en interdisant à tout jamais la repousse du moindre buisson (le gazon lui-même n'y pousse pas sans artifice).
On voudrait pouvoir photographier tout ça, mais au volant c'est difficile. Des images d'archives feront peut-être l'affaire. Voilà ce qui se passe quand une vieille maison est remplacée par une neuve : avant, on a quelque chose comme ça
Et après, quelque chose de ce genre :
Ou encore quelque chose comme ça :
C'est plus confortable, sans doute, et parfois même admirable... Mais aussi moins poétique.
mercredi 2 mars 2011
Les beaux quartiers
mardi 8 février 2011
Clichés d'hiver...
Le froid, le vent, les nuages...
Toute la gamme de ce qui peut tomber du ciel, de la pluie la plus fine aux flocons les plus épais...
La cheminée pleine de flammes claires et sa petite porte si chaude que la poignée en est devenue brûlante... La réserve de bûches qui diminue doucement en laissant des copeaux un peu partout, c'est le bois ramassé après les orages du mois d'août...
Les bougies qui remplacent les lampes quand tout s'éteint parce que d'autres branches sont tombées sur les fils électriques... Modestes veilleuses sur le bord des étagères, grandes bougies plantées au centre de la table, toutes les petites flammes dansent, accompagnées par le faisceau baladeur d'une lampe-torche confiée à Petit Lierre...
Les petits matins hésitants... Trop de neige pour que les écoles soient ouvertes mais le Grand Chêne équipé comme un explorateur s'en va prendre son bus... Ses pas s'enfoncent dans la poudreuse... Y a-t-il des bus ?
Le journal d'hier est encore dehors, dans un petit sac de plastique jaune, en partie recouvert comme tout le reste... Le Grand Chêne ramasse le sac au passage et le jette vers la maison, d'un geste large, puis s'éloigne sur un grand sourire penaud parce qu'il a mal calculé la trajectoire... Le journal est sur le toit du garage.
Les pelles et les luges posées contre le mur de la maison quand elles ne sont pas en service...
De vieux journaux étalés sur le sol, les chaussures de neige alignées dans l'entrée, les manteaux et les gants qui s'égouttent sur le dossier des chaises...
Les silhouettes aux formes douces des bonshommes de neige réalisés dans la journée...
Ce n'est pas encore fini tant que février est là, mais il semble bien que l'on a déjà fait le tour des divers clichés de la saison...
lundi 24 janvier 2011
Les éléphants comme avant
Encore une belle rencontre...
Les racines du ciel, cela désigne l'aspiration à autre chose, cette exigence qui habite le coeur des hommes.
Prix Goncourt de 1956. Un long récit plein d'esprit et de profondeur. 495 pages incroyables qui voient se croiser de nombreux personnages autour d'un héros sans prénom, le français Morel, ancien déporté désormais attaché à défendre la faune africaine par tous les moyens.
Chacun des protagonistes a déjà tant vécu que rien ne peut plus le surprendre et d'ailleurs, en AEF, on a déjà tout vu... Sauf une épopée comme celle de Morel, qui défie l'apathie, le cynisme et les idéologies les plus virulentes, sans verser pour autant dans la quête éthérée d'un lointain idéal. Morel est un homme qui réclame le droit d'être humain.
(...) Tout le monde trouve malin d'annexer les éléphants, mais personne ne fait rien pour eux. Remarquez, que chacun associe les éléphants à ce qu'il y a en lui de plus propre, moi, ça me va. Pour le reste, qu'ils soient communistes, titistes, nationalistes, arabes ou tchécoslovaques, je m'en fous... ça ne m'intéresse pas. S'ils sont d'accord là-dessus, moi, ça me va. Ce que je défends, c'est une marge - je veux que les nations, les partis, les systèmes politiques, se serrent un peu, pour laisser de la place à autre chose, à une aspiration qui ne doit jamais être menacée... Nous faisons ici un boulot précis - la protection de la nature, à commencer par ses plus grands enfants... Faut pas chercher plus loin.
Il faut sans doute le lire deux fois au moins, ce roman. Et après cette lecture, une chose est certaine : on ne verra plus jamais les éléphants comme avant...
mardi 18 janvier 2011
Cotillion
Le jour où Petit Sapin a demandé qu'on l'inscrive au cotillion avec ses copains d'école, la surprise a été grande, mais il a insisté...
On est allé acheter la tenue de rigueur : blazer, pantalon beige, chaussures d'uniforme et chaussettes sombres, avec une cravate empruntée au Grand Chêne par là-dessus.
Ensuite, il a fallu organiser le car-pool, être à 19h00 au lieu de rendez-vous et revenir à 22h45 pour le retour à la maison.
Enfin, il restait une étape à franchir : être le parent dévoué qui prend en charge une certaine quantité de jeunes gens en blazer et pantalon beige avec cravate paternelle pour aller sur les lieux du cotillion.
Le départ est toujours étonnant : en plein hiver, les demoiselles qui se pressent au lieu de rendez-vous dans leurs belles robes de soirée et les chaussures à talons de leur maman sont si court vêtues qu'on a froid pour elles. Mais on se fait une raison (les Américaines ne sont pas frileuses) et on y va.
Descente vers le centre de Washington DC, on suit un père de famille qui sait où aller et on finit par arriver dans la cour d'une vaste école privée dont le gymnase est éclairé. Jeunes gens et jeunes filles (sur leurs talons hauts) courent vers le bâtiment tandis qu'on s'en va garer la voiture. On revient et on salue une aimable dame qui indique un endroit, à l'étage, où l'on peut s'asseoir pour assister à la soirée.
A cotillion is a formal ball, often associated with presenting debutantes to society. It is also a program combining classes, parties and dance to educate young people in the social graces, including proper and formal etiquette. Such etiquette shows respect for others and is beneficial to succeeding in today's competitive society.
Step, step step, turn...Les jeunes filles s'appliquent, les jeunes gens aussi (pas tous), d'abord en solo puis par couples. Les filles qui ont un cavalier semblent s'amuser beaucoup moins que les autres, qui papotent en agitant leurs longs cheveux sur leurs épaules découvertes. Toutes sont gantées de blanc et portent des robes chatoyantes, décidément très courtes, parfois aussi très décolletées.
D'autres dames les surveillent et font alterner les cavalières tandis que les garçons dansent à chaque fois. Certains font les clowns, d'autres semblent s'ennuyer profondément. Les couples ainsi formés s'appliquent à ne pas se regarder, les bras tendus et le visage tourné chacun de son côté. Certains font de leur mieux et dansent vraiment, sans se soucier d'éventuelles différences de taille assez drôles, vues de loin.
Certaines jeunes filles ne dansent pas une seule fois mais bavardent et rient sans arrêt.
Enfin, sur un signal, les garçons vont chercher des chaises puis installent les filles et vont leur chercher une boisson. On fait cercle, assis, pour causer et déguster un cookie apporté sur un plateau par les dames de surveillance.
Un autre signal, on range les chaises, puis les garçons, une fille au moins à chaque bras, traversent le gymnase pour venir saluer courtoisement les organisateurs de la soirée. Alors Petit Sapin fait un signe à Myosotis : il faut se dépêcher de retourner à la voiture pour aller finir la soirée chez Mac Do... Perpétuer les raffinements de l'élite sociale, ça donne faim de frites et de cheese burgers. Et pendant que Petit Sapin et ses copains se restaurent, Myosotis médite dans la voiture : cotillion or not cotillion ? Quel est le sens profond de tout ça ?
dimanche 19 décembre 2010
De Romilly au paradis
Jacqueline de Romilly vient de mourir. La grande dame des Lettres Classiques avait 97 ans, elle était très malade et presque aveugle. C'est elle-même qui donne le mot de la fin pour conclure sa biographie :
La liste impressionnante de ses oeuvres (depuis sa thèse sur Thucydide), les fonctions qu'elle a occupées et les distinctions qu'elle a reçues en attestent.« Avoir été juive sous l'Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d'un bout à l'autre, celle que je souhaitais. »
Elle s'amusait à se présenter en affirmant que son époque était le IVe siècle avant Jésus-Christ et en convenant avec coquetterie qu'elle ne faisait pas son âge... Émerveillée par le miracle grec, elle croyait fermement que la culture classique pouvait aider les gens de notre époque à vivre mieux. Avec son talent, sa passion, son esprit, elle ennuyait ceux qui prétendaient faire des économies en diminuant le budget consacré à l'enseignement du Latin et du Grec. Elle ne les ennuiera plus.
C'est bien dommage parce que le Grec, c'est joli

C'est aussi plein d'histoires qui nous touchent au plus profond de l'âme : l'Odyssée d'Ulysse qui veut rentrer chez lui après 20ans d'absence, le triste sort d'Andromaque en deuil de Troie, la douleur d'Œdipe écrasé par son destin...
Et c'est encore riche de grands exemples de sagesse qui n'ont pas fini de nous éclairer, Socrate, Aristote et tous les autres...
Depuis son paradis, elle ne laissera sûrement pas tomber sa lutte pour les jolis mots et les grandes idées qui la rendaient si heureuse. Pour que vive encore et toujours la beauté à laquelle elle avait voué son existence
vendredi 17 décembre 2010
Destins de fleurs
Sous la neige à nouveau, il est temps de faire mémoire des dernières fleurs qui ont enchanté la belle saison... Après l'explosion de tout ce qui colorait les jardins cet été, quand les premiers froids de l'automne sont venus, on a remarqué çà et là des rebelles ou des obstinées...
Ainsi, cette petite touffe poussait au pied d'un grand mur, non loin de la potiche qui aurait dû l'accueillir. Elle n'avait pas choisi le plus facile mais elle était jolie quand même, bien décidée à tenir son rôle jusqu'au bout... Une vraie rebelle
Plus tard, en plein novembre, le rosier jusque là sans histoire planté près de la porte d'entrée a voulu lui aussi se distinguer, obstiné, trompé peut-être par quelques jours de douceur. Il a formé un modeste bouton que l'on n'a pas voulu laisser dehors dans les nuits glacées... Mais il était trop tard, ou trop tôt dans sa croissance, le bouton ne s'est pas ouvert et la rose n'a pas même vécu la vie d'une fleur.... Joli quand même, le rameau est resté bien vert près d'un mois
Faut-il préciser que la touffe de fleurs rebelle a été réduite par le froid à un petit tas de boue verdâtre ?
Est-il nécessaire d'expliquer que le bouton obstiné a péri décapité dans la chute du vase, quand Petit Lierre a eu un geste à la fois rapide et maladroit qui a précipité sa fin ?
Mais non, ce n'est pas le moment de s'attrister. L'hiver arrive, il va falloir garder le sourire malgré le froid et puis, c'est bientôt Noël.
lundi 13 décembre 2010
Est-ce par hasard ?
De jolis cadeaux de Noël sont déjà arrivés aujourd'hui... Le Grand Chêne a échangé des cadeaux avec ses collègues (façon Secret Santa, chacun apporte quelque chose et reçoit ce qu'a apporté un autre) et voici ce qu'il a reçu : un joli cadre qui invite à la relaxation, accompagné d'une bougie apaisante
De son côté, Myosotis a été gâtée par l'amie à qui elle donne des cours particuliers de Latin : une boîte de tisane calmante aux boutons de rose et autres délices très doux
L'invitation est claire... Même si la période de Noël est intense et intensément fatigante, même les soirs où le Grand Chêne rentre tard, quand Petit Lierre refuse de manger et va se cacher derrière la poubelle, tandis que Petit Bouton d'or pleure de rire dans son assiette parce que Mademoiselle Bee et Petit Sapin échangent à haute voix des stupidités énormes, il faut garder le temps de respirer...