jeudi 21 novembre 2013

Petit Lierre a 6 ans

C'était le 21 novembre 2007. Mademoiselle Bee et Petit Sapin devenaient soudain plus grands, et Petit Bouton d'or (sur le point d'avoir 6 ans) découvrait qu'elle n'était plus la petite... Mille grandes et profondes réflexions commençaient là, autour du berceau de plastique où reposait Petit Lierre, emmailloté bien serré dans un torchon, comme le prévoit le règlement des maternités américaines.


Pour fêter son anniversaire, Petit Lierre a apporté ce matin à l'école un petit sac contenant des objets importants pour lui, à présenter à ses copains et copines, ainsi qu'un gros gâteau au chocolat.
Un autre gâteau sera servi ce soir, pour souffler les bougies en famille, et il a choisi son menu :
- Je voudrais du poisson pané, s'il te plaît !
- Bon, très bien, tu en auras, j'en ferai cuire pour toi...
- Mais tu sais, on peut aussi en faire pour tout le monde !
Petit Lierre est généreux, il veut partager avec toute sa famille la joie de manger du poisson pané pour marquer ce jour spécial dans sa vie... Peut-être que finalement, le poisson pané (en bâtonnets surgelés) est la clé des anniversaires réussis ?

samedi 9 novembre 2013

Un peu de Camus puisqu'il a 100 ans

On célèbre (ou bien l'on s'y refuse) le centenaire du grand écrivain. On approuve (ou bien l'on critique sévèrement) ses engagements et ses convictions. On admire (généralement) son oeuvre couronnée par le prix Nobel. Ainsi perdure sa gloire d'écrivain de l'absurde.
Camus lui-même a pourtant laissé un texte clair et amusant, publié dans le recueil L'été, dans lequel il tente de se débarrasser de son étiquette :

(...) on peut essayer à l'occasion de rectifier le tir, répéter alors qu'on ne saurait être toujours un peintre de l'absurde et que personne ne peut croire à une littérature désespérée. Bien entendu, il est toujours possible d'écrire, ou d'avoir écrit, un essai sur l'absurde. (...) L'idée que tout écrivain écrit forcément sur lui-même et se peint dans ses livres est une des puérilités que le romantisme nous a léguées.(...)
Ainsi devient-on prophète de l'absurde. Qu'ai-je fait cependant d'autre que de raisonner sur une idée que j'ai trouvée dans les rues de mon temps ? Que j'aie nourri cette idée (et qu'une part de moi la nourrisse toujours), avec toute ma génération, cela va sans dire. (...) Mais il est commode d'exploiter une formule plutôt qu'une nuance. On a choisi la formule : me voilà absurde comme devant.
Qu'il est plaisant de croiser le clin d'oeil d'un grand homme...

mercredi 25 septembre 2013

Parlons d'automne

Le coeur touché par la saison, comme chaque année et comme tant de vivants depuis les origines de l'humanité, voici venu le temps des longs regards sur les soleils dorés... Pour s'en imprégner, pour se rassurer face aux menaces de l'hiver, pour essayer de goûter chaque bonheur offert tant que durent les feuilles mourantes.

Sans connaître grand chose de leur auteur (LIN Yutang (1895-1976), écrivain et inventeur chinois, plusieurs fois cité pour le Nobel de littérature...), on s'arrête avec plaisir sur ces lignes trouvées par hasard :

"I like spring, but it is too young. I like summer, but it is too proud. So I like best of all autumn, because its leaves are a little yellow, its tone mellower, its colours richer, and it is tinged a little with sorrow and a premonition of death. Its golden richness speaks not of the innocence of spring, nor of the power of summer, but of the mellowness and kindly wisdom of approaching age. It knows the limitations of life and is content. From a knowledge of those limitations and its richness of experience emerges a symphony of colours, richer than all, its green speaking of life and strength, its orange speaking of golden content and its purple of resignation and death." 
(My Country and my people, 1936, Epilogue)

On fait un essai de traduction :

"J'aime le printemps mais il est trop jeune. J'aime l'été mais il est trop orgueilleux. C'est donc l'automne que je préfère, car ses feuilles sont un peu jaunes, il a le ton plus doux, des couleurs plus riches, et il se teinte d'un peu de chagrin et de prémonition de la mort. Sa richesse dorée ne parle pas de l'innocence du printemps, ni de la puissance de l'été, mais de la douceur et de la gentille sagesse de l'âge qui approche. Il connaît les bornes de la vie et s'en contente. De la connaissance de ces limites et de la richesse de son expérience se fait jour une symphonie de couleurs sans pareille, son vert pour parler de vie et de force, sa couleur orange pour dire un bien-être doré et sa couleur pourpre pour dire la résignation et la mort."

Et l'on regarde encore par la fenêtre...

vendredi 6 septembre 2013

Tarazimboummant !

- Qu'est-ce qui t'arrive, Myosotis ? Tu as perdu la tête ? Tu as oublié que le Grand Chêne est encore absent une semaine ? Que Mademoiselle Bee a pris son envol ? C'est pourtant dur, deux personnes en moins dans ton petit jardin, l'affection des trois qui restent (même avec le lapin Gloria en plus) ne comble pas le vide...
Et tu as oublié ce que tu viens de lire à propos de l'actualité mondiale ? La guerre en Syrie, et toutes les autres, tu crois que la prière du Pape François va tout arranger comme ça ? Bien sûr, c'est plein d'espérance, des gens qui décident de prier ensemble...
Mais d'habitude, tu restes à peu près calme, tu rassembles tes esprits pour parler de ce qui te touche, tu partages tranquillement le fruit de tes pensées... Tu surmontes mélancolie, solitude et autres tristes choses qui semblent (à force) faire partie de toi... Tu écris un peu et surtout tu vas te promener sur les blogs amicaux où tu puises tant de petits ou grands bonheurs, au fil des soirs... Alors, ça va un peu mieux et tu vas dormir sagement.
Et là, sans prévenir, une explosion de joie ?
Vas-tu t'expliquer ?

- C'est tout simple... J'ai pris un premier cours de zumba...


mardi 20 août 2013

Comme une naissance

Il fallait bien que cela arrive un jour... Mademoiselle Bee est partie faire ses études en France.
Elle  a passé 18 ans à la maison, elle a grandi (beaucoup), elle a appris (ce que l'on peut à son âge) et elle a travaillé (énormément). Bac en poche, le moment était venu pour elle de passer à autre chose... Dans la joie de partir exactement vers ce qu'elle désirait.


Et de même que sa naissance était un évènement attendu, logique et nécessaire, son départ était prévu, souhaitable et inévitable. Mais au moment de passer en salle de travail, comme on aimerait que ce soit déjà fini ! Et au moment de boucler les valises, de la serrer encore une fois très fort et de voir son taxi s'éloigner, comme on souhaiterait échapper à la douleur !
Le Grand Chêne est parti avec elle pour veiller à son installation. Elle ne sera pas très loin de ses grands-parents ni de ses oncles et tantes, elle a des amis et elle retrouve le pays natal dont elle se souvient très bien, puisqu'elle avait 10 ans au moment de le quitter. Tout va pour le mieux, c'est entendu...
Pourtant, depuis l'autre rive, on ne peut pas se défendre d'avoir des sentiments mêlés : Myosotis désormais membre de l'immense confrérie des Mamans de grands enfants découvre la suite de l'aventure commencée en salle de travail... Donner la vie, c'est un engagement d'amour pour l'éternité...

jeudi 1 août 2013

Presque 100 ans

Début août... Dans le passé de l'Europe, l'été est aussi la saison de la guerre.
On a tout dit, tout écrit, sur la Première Guerre Mondiale.
Les pages enchanteresses de Jean Rouaud dans les Champs d'honneur marquent une étape dans la façon d'évoquer l'évènement. Presque un siècle plus tard, tout est dans la manière de le dire, de faire sentir au lecteur ce qui s'est passé et comment on a vécu le suicide de l'Europe...
Un autre livre relève le défi :


Avec ce titre déroutant, Jean Échenoz affirme d'emblée un parti pris factuel et le choix d'un ton très simple :
Nous étions au premier jour d'août...
Anthime, qui n'a rien d'un héros et qui n'est pas vraiment le personnage principal,
est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné.
Il regarde le paysage, puis il remarque
un phénomène inconnu de lui. Au sommet de chacun des clochers, ensemble et d'un seul coup, un mouvement venait de se mettre en marche, mouvement minuscule mais régulier : l'alternance régulière d'un carré noir et d'un carré blanc, se succédant toutes les deux ou trois secondes, avait commencé de se déclencher comme une lumière alternative, un clignotement binaire (...)
c'étaient en vérité les cloches qui, venant de se mettre en branle du haut de ces beffrois, sonnaient à l'unisson dans un désordre grave, menaçant, lourd (...)

Après cela, tout s'enchaîne : les hommes partent, ne comprennent pas où ils vont et ne savent pas pour combien de temps. Fidèle à son parti pris, l'auteur évoque tous les détails concrets de cette vie quotidienne qui peu à peu laisse place à la mort quotidienne, sans changer de ton.
On découvre l'équipement complet et le contenu du sac :
- bouteilles d'alcool de menthe et substitut de café, boîtes et sachets de sucre et de chocolat, bidons et couverts en fer étamé, quart en fer embouti, ouvre-boîte et canif - (...)
La liste s'achève sur la mention du poids de l'ensemble :
 au moins trente-cinq kilos par temps sec. Avant qu'il ne se mette, donc, à pleuvoir.

Alors des combats ont lieu, les obus pleuvent, les conditions de survie deviennent invraisemblables, l'horreur s'installe sans être nommée. Aveuglément, on suit Anthime et les autres, sans prendre aucun recul.
Et lorsque le roman s'achève, on se retrouve face aux espaces laissés blancs, dans lesquels tout ce que l'on sait par ailleurs de cette guerre (souvenirs d'études, idées et émotions mêlées) est libre de se déployer.

Jean Échenoz n'a pas écrit une oeuvre parfaite, mais il a su trouver un moyen de redonner vie aux soldats de 14, pour rendre aux faits leur puissante brutalité. On en oublie que c'était il y a presque 100 ans...


mercredi 19 juin 2013

Un rite de passage

C'était hier le jour des résultats du bac au lycée français. Une maman avisée (et expérimentée) avait eu l'idée d'organiser un pot pour les parents venus attendre avec leurs grands enfants l'heure de la publication. Et tandis que les adultes se saluaient courtoisement, échangeaient des nouvelles sur les inscriptions pour l'année à venir et souriaient d'un air entendu en évoquant leurs rejetons, les ados en question s'étaient repliés dans un couloir, à l'écart, et ne faisaient que de brèves apparitions aux côtés des auteurs de leurs jours.
Personne n'était vraiment inquiet, cela allait de soi. Très bons élèves pour la grande majorité d'entre eux, ces anciens de terminale n'avaient pas à craindre d'être recalés. Les moins brillants ne le craignaient pas non plus, à peu près sûrs d'avoir réussi un minimum d'épreuves pour passer. Et le petit groupe des irréductibles cancres ne s'en faisait pas davantage, puisque de toute façon leur posture provocatrice incluait à l'avance tout ce qui pouvait embêter les adultes responsables d'eux.
Le vrai sujet de préoccupation avoué, c'était LA mention. Très bien. Celle qui sert de sésame pour certaines universités. Celle qui couronne les longues années passées au collège puis au lycée, à la fois récompense morale et juste rétribution des efforts fournis.
Enfin, les autorités se sont montrées et l'on s'est mis en place pour la proclamation des résultats. Proclamation !? Alors que depuis plusieurs années on avait abandonné cette pratique pour le simple affichage des listes sur des panneaux ? Un peu plus solennité, un peu moins de bousculade...
Dans la foule des jeunes soudain très sages et de leurs parents attentifs, Mademoiselle Bee se laissait serrer très fort par sa Maman (ravie de l'occasion). Quand son nom a retenti, accompagné de LA mention tant attendue, son Papa venait tout juste d'arriver et son mouvement de joie a rejoint par-dessus les têtes celui de Mademoielle Bee et de sa Maman, unies dans l'expression un peu bruyante du soulagement mêlé à la satisfaction... Ils se sont rejoints pour un BIG HUG (la culture américaine offre entre autres avantages ce nom spécial pour désigner le gros câlin auquel on se soumet moins volontiers à partir de l'adolescence) et ils sont allés chercher tous les trois LE papier comportant les résultats détaillés.
A ce moment-là, on n'attendait plus de surprise. LA mention, ça veut dire plus de 16/20 de moyenne générale, on est très content et on n'en demande pas plus au Destin ni à l'Éducation Nationale. Pourtant, il restait à découvrir des notes incroyables, qui ont fait pleurer la prof d'anglais et bondir la prof de philo pour un BIG HUG supplémentaire, tandis que les parents ébahis suivaient du doigt sur le papier les chiffres alignés... Mademoiselle Bee a été si bien payée de ses efforts qu'elle a obtenu une moyenne générale nettement au-dessus de 16/20...
Rite de passage, diplôme très (trop ?) français qui ne donne rien en lui-même, certes... Mais hier, ce papier entre les mains de Mademoiselle Bee qui sautillait partout, les yeux brillants, c'était quelque chose d'unique dans la grande aventure commencée avec elle il y a presque 18 ans.