dimanche 25 octobre 2015

Antigone

Pas celle d'Anouilh, si fort marquée de Résistance et de révolte adolescente...
Celle de Sophocle, dressée de tout son être face à une loi inhumaine.
Le texte grec ancien a été traduit en anglais. Les personnages vêtus à l'occidentale se déplacent lentement dans un décor dépouillé, mais devant un écran où des vidéos font douter si l'on est au théâtre ou bien au cinéma.
Loin des amphithéâtres antiques où l'on représentait la marche inexorable du destin sous le ciel de Méditerranée, la scène du Kennedy Center accueillait cette pièce atemporelle derrière ses hautes façades modernes, sans regard sur les rives du Potomac parées d'arbres dorés.
Des milliers d'années après Sophocle, enrichie de tous les regards fascinés qui se sont posés sur elle au fil des époques, Antigone était bien là. Toujours indomptable, toujours frêle, toujours seule. Mais si vivante...


Et pour un heureux groupe d'élèves du lycée français, une rencontre avec Juliette Binoche a suivi la représentation.
Inoubliable Antigone. Inoubliable sans doute aussi Juliette Binoche. C'était un grand moment.

dimanche 18 octobre 2015

Jason

Il a 5 mois, il est entré dans notre famille hier, tout droit venu d'un refuge de la Humane Society (c'est le nom de la SPA ici) et déjà bien nommé. Il a conquis tout le monde par la puissance de son ronronnement et ses bonnes manières (propre tout de suite et capable de dormir la nuit !) :


Il est venu sans bagage mais il serait difficle pourtant de faire la liste de tous les bonheurs qu'il a apportés avec lui... Même le Grand Chêne prend le temps de le câliner, les rires fusent et les idées de jeux se multiplient...
Encore une fois, c'est un sage poète qui trouve les mots justes :
Je souhaite dans ma maison
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.          
                               Guillaume Apollinaire

mercredi 23 septembre 2015

Un goût d'automne

Ce n'est pas une journée comme les autres, comme toutes celles qui passent en foule depuis fin août, au rythme retrouvé du travail, de l'école et des tâches quotidiennes.
La lumière du jour semble cuivrée, la chaleur sèche fait craquer les feuilles encore vertes pourtant sur les branches, les nuits sont froides et les matins brumeux...
Le calendrier, les fleurs de chrysanthèmes et les premières citrouilles aperçues çà et là parlent de l'automne.


On a beau se dire que le départ des deux aînés rend tout cela secondaire, que la venue du Pape (qui déplace les foules au coeur de Washington DC et complique l'accès au bureau du Grand Chêne) a bien plus d'importance... Voilà que ce matin l'automne s'impose et donne le ton : douceur, mélancolie, tant de soupirs prêts à éclore...

Mais soudain trois véhicules de secours viennent se ranger dans la rue de derrière, des hommes en bleu marine se hâtent vers la maison des voisins les plus proches : c'est la grand-mère qui a perdu connaissance, elle ne respire plus...
Sa petite-fille accueille avec un sourire pâle mes offres de service et l'expression de ma sympathie, avant de partir pour l'hôpital... Puis l'ambulance et les pompiers quittent en trombe le quartier redevenu très calme.

Le ton automnal est toujours là. Peut-être un peu plus profond. Moins doux. Mais si beau...

Pour cette vieille dame sur la civière de l'ambulance...
Pour tout ce qui blesse et taraude...
Pour les grands maux et les petits qui se bousculent dans ma tête...
Je veux que cet automne ait le goût d'un cadeau.

samedi 29 août 2015

The Appalachian Trail

On a traversé juillet en prenant soin de chacun (au sens latin de cura, soin et souci, une occupation à temps complet, de toutes nos forces, avec tout l'amour du monde). Le bilan est positif.
Au mois d'août, on est allé voir dans le New Hampshire s'il faisait moins chaud. C'était bien le cas, grâce à une quantité de montagnes, forêts et rivières avec cascades qui offrent des circuits de promenades charmants.
Mais au détour d'un sentier, ça peut devenir sérieux :



On se rappelle soudain que ces montagnes (baptisées du nom de présidents américains plus ou moins restés dans l'Histoire) font partie d'un ensemble naturel considérable, bien qu'érodé.
Et ce n'est pas seulement l'aventure qui appelle. C'est une porte sur autre chose, un autre mode de vie. Cinq mois de marche, généralement du sud vers le nord. Les vrais marcheurs (les walk through) commencent au printemps, au début de la fonte des neiges, et espèrent en avoir fini avant les premières neiges de l'automne.


Mais tous les marcheurs ne vont pas jusqu'au bout, certains ne commencent pas au début, on peut commencer ici et s'arrêter là, puis recommencer plus tard, ailleurs. Et ne pas terminer. Tout est possible. En tout cas, sur ce chemin-là souffle un esprit particulier.


Comme ce n'est pas un pèlerinage (Compostelle est hors de portée), c'est un espace ouvert à toutes les quêtes... On a eu la chance de trouver un best-seller qui aborde adroitement le sujet (un vrai bonheur pour une lecture d'été)



... Et voilà que ce livre va devenir un film d'ici quelques semaines... C'est Robert Redford la tête d'affiche !



On va donc aller au cinéma dès la sortie, évènement rarissime, c'est décidé, même si le Grand Chêne croule sous le travail dans son nouveau poste.
Dans l'impatience, on se demande pourtant : le film sera-t-il à la hauteur du livre ? A-t-on su préserver l'humour et la profondeur des réflexions développées au fil des étapes par son auteur ?
Nous laissera-t-il sur notre faim ou bien heureux d'avoir pu passer encore un moment à rêver sur ce trail qui conduit d'ici (il ne passe pas très loin de Washingon DC) au Maine, là-haut, à la frontière du Québec où notre Jeune Sapin chéri vient de partir commencer ses études...?


dimanche 19 juillet 2015

Il vient d'avoir 18 ans...

D'un anniversaire l'autre, les semaines passent vite et l'on se souvient que notre Jeune Sapin est né (2 ans plus tard) à la date qui avait été prévue pour Mademoiselle Bee. Les bébés qui arrivent un peu en avance semblent faire un cadeau à leur Maman, quelque chose comme : "Puisque tu te sens si lourde, puisque tu as un peu de mal à te déplacer, à respirer et à dormir, me voilà !"
On est loin désormais de ces premiers temps, dont les moments marquants reviennent dans les conversations, parés de nuances tendres (Tu étais si mignon), épiques (Comme tu t'agitais dans ta poussette quand tu voyais une voiture sortir d'un garage) ou dramatiques (Et la fois où tu as arraché une pleine poignée de cheveux à ta grande soeur)...
Les évènements du jour ont bien réflété les préoccupations d'un jeune homme du XXIe siècle : accomplir une partie de Dieu sait quel jeu en ligne, en équipe avec d'autres joueurs (pas très doués cette fois, d'après les commentaires saisis au vol), trouver des solutions au plantage de l'ordinateur portable, télécharger un nouveau jeu...
Heureusement, pendant ce temps-là, Mademoiselle Bee et Myosotis préparaient un gâteau et des bougies en nombre suffisant, et Petit Lierre se chicanait avec Petit Bouton d'or pour savoir qui apporterait les cadeaux. C'est que le monde virtuel est peut-être attrayant, mais il ne peut pas remplacer la saveur et la joie d'un repas en famille...


jeudi 9 juillet 2015

Votre fille a 20 ans...

Mademoiselle Bee vient de souffler 20 bougies. Elle est grande, belle, pleine de qualités qui causent autant de surprises que d'admiration à ses parents ravis (le plus souvent).
Et après 2 années passées loin de sa famille, elle a réappris à en apprécier les bons côtés. Elle se montre donc affectueuse et plus attentionnée, mais toujours très directe.
Ainsi, après l'achat de fleurs que l'on espère conserver longtemps (les daims ne les aiment pas) et que l'on se réjouissait beaucoup de planter sur-le-champ, la demoiselle a-t-elle remarqué gentiment :

"T'es une jardinière dans l'âme, toi !
- Euh... C'est surtout que je suis très contente quand je plante des trucs qui ne meurent pas...
- Bon, t'es pas douée, mais ça change rien..."
Toujours très directe.


dimanche 28 juin 2015

Après la pluie...

D'autres orages viendront, c'est certain. Néanmoins, après des jours où le jardin a été battu de pluie et d'excessive ardeur (en alternance et avec une égale intensité), il est bien agréable d'aller prendre soin des plantes et fleurs que l'on essaie d'y faire pousser.
Les pieds de lavande ont un peu baissé la tête, mais les daims n'y touchent pas et les abeilles y butinent tranquillement. Le thym va très bien lui aussi (pour les mêmes raisons)

 
Les lys de Pâques (replantés l'année dernière et bien plus tardifs dans leur floraison naturelle que dans les pots où ils avaient été achetés pour décorer l'église) ont un peu souffert mais résistent étonnamment :


Un sachet de graines de cosmos a jusqu'à présent donné une fleur. C'est mieux que rien :


 Trois sachets de graines de fleurs sauvages variées, soigneusement semées sur une parcelle que le Grand Chêne ne devrait pas tondre (mais il a oublié les premières fois cette saison), ont donné deux oeillets roses et une black-eyed-susan, parmi de hautes herbes dont on ne sait pas ce qu'elles peuvent donner, si on leur laisse une chance :


(Pas de photo des capucines, qui ont apprécié leur emplacement dans une grosse potiche mais qui n'ont pas supporté les averses).

La conclusion de tout cela ?
C'est simple mais réconfortant. Le petit jardin comme l'autre a été soumis à de rudes épreuves ces dernières semaines.
La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé...
Mais on est toujours là, on redresse doucement la tête et on continue, puisque c'est la vie. Et ce qui est donné, pour fragile et modeste que cela paraisse, n'en est pas moins beau.
On ferme les yeux sur un sourire et l'on se dit qu'il n'est pas mauvais de marier le carpe diem avec la recommandation de bâtir sur le roc.