mardi 3 mars 2015

La neige, la neige, toujours recommencée...

Voilà notre huitième hiver en terre américaine. C'est parfois très joli.


 Au carrefour des influences glaciales du nord et tropicales du sud, huit saisons imprévisibles (les services météorologiques ne cessent de le répéter en tentant leurs prévisions), toujours différentes des précédentes.


Myosotis a appris à ne pas ranger les vêtements d'hiver, à laisser les luges et les pelles à neige dans un endroit accessible, à remplacer les pull-overs par des vestes ou des châles faciles à mettre ou enlever en un tournemain.
Le Grand Chêne a appris qu'il ne faut pas tenir compte de la date pour décider d'arrêter le chauffage, qu'il vaut mieux vérifier sur Internet avant de partir si le métro fonctionne normalement et que les effets de la pluie verglaçante peuvent être spectaculaires.


Les plus jeunes savent qu'il ne faut pas sortir de son lit avant d'être assuré de l'ouverture des écoles, qu'il y a un temps pour rester inerte devant un écran et un autre pour sortir déneiger chemin et trottoirs, et que certaine qualité de neige n'est bonne que pour les batailles devant la maison.

Après de longues années de service, le canard de bois qui ornait la terrasse a baissé les ailes et fini sa carrière dans la cheminée, en janvier. On a donc décidé de le remplacer par un autre presque identique, acheté pour la Saint Valentin, dont on s'est promis de prendre soin.
Au mépris des expériences passées, on voulait attendre qu'il fasse beau pour le mettre en place.
Il a fait beau.



Mais pas très longtemps.


L'année dernière, la tempête finale de la saison a eu lieu le 30 mars. Comment savoir ce qui arrivera cette année ?
Une seule certitude : pas de place pour la monotonie.

mardi 24 février 2015

Un mot d'enfant

Petit Lierre est bien présent dans toutes les conversations familiales et comprend plus de choses que nous ne pensons ou que nous ne voulons partager avec un petit garçon de 7 ans...
Et quand il ne comprend pas ou quand il veut rappeler qu'il est bien là, il multiplie les questions parfois hors de propos. C'est de son âge.
Néanmoins, à la suite d'un QUOI ? particulièrement vigoureux et malvenu, il s'est entendu répondre un peu sèchement : d'abord, qu'il n'était pas concerné, ensuite que l'on ne doit pas dire QUOI, mais COMMENT.
La conversation reprenant son cours, Petit Lierre est de nouveau intervenu avec vigueur en lançant un puissant POURQUOI ? auquel il n'y avait rien à répondre...
Devant le regard un peu noir de sa mère contrariée d'être interrompue une fois de plus, il a donc prudemment tenté une modification : POURCOMMENT ?

lundi 16 février 2015

White out

C'est la même chose qu'un black out, mais c'est le contraire. Tout est blanc.
Il tombe une neige fine et abondante qui colle partout et le vent souffle dans tous les sens. Il soulève des nuages de poudreuse qui viennent se coller aux carreaux des fenêtres, des deux côtés de la maison. Le sol est blanc, le ciel est blanc, l'air est blanc...
Rien de bien grave, quand on y pense. La chute de neige en elle-même dure peu de temps, la poudreuse continue à voler en tourbillons et le vent sculpte des vagues gracieuses dans des endroits choisis, mais les routes ne sont pas vraiment encombrées. Rien à voir avec les quantités de neige et de glace qui ensevelissent Boston, et plus au nord...
Notre vrai souci, c'est la température, une fois de plus. On est bien d'accord sur le fait que 32°F = 0°C. Alors évidemment, 16°F = -9°C. C'est logique. Mais que fait-on lorsque la température prévue est de -3°F ? On obtient -19.4°C, mais ce n'est pas sérieux...
Ici, ce n'est pas l'Alaska ou le Minnesota... On reçoit les influences humides et chaudes du Golfe du Mexique et le froid qui descend du nord, c'est entendu, mais toutes ces influences associées composent un mélange varié qui nous épargne l'ennui, voilà tout. Nul besoin de ces excès...
Pourtant, c'est déjà arrivé : cette photo du Washington Monument date de 2010

Un autre white out...
Est-ce qu'il faisait aussi froid, cet hiver-là ?
Je ne sais plus... Il y a grand blanc dans ma mémoire...

mardi 27 janvier 2015

Des minutes immenses

Soir de repassage. On y va méthodiquement, en essayant d'être efficace mais de limiter les faux plis sur les chemises du Grand Chêne.
Et soudain, un troupeau de pachydermes dévale l'escalier, puis Petit Sapin tout hérissé, rouge et les yeux brillants, envahit l'espace de repassage et me serre dans ses bras en criant :

Je suis admis au Honors College de UMD !!!
C'est visiblement une bonne, très bonne nouvelle, je participe au mouvement (d'ailleurs, c'est plus prudent) mais je me demande quand même : UMD, qu'est-ce que c'est, déjà ?... Ah oui, University of MarylanD !)
Mon grand ! C'est magnifique, formidable !
Il continue à sauter en me faisant tourner avec lui (sa joie est contagieuse, mais il n'y a pas beaucoup d'espace, en fait, près de la table à repasser... Et je cherche à me souvenir... Honors College ? On en a déjà parlé ? Qu'est-ce que c'est au juste ? Je risque une question :
C'est vraiment génial... Et on y étudie quoi ?
Je sais pas ! C'est super !!!
Alors le plus important s'impose à mon esprit : il a une réponse pour l'année prochaine, dans ce système si complexe des universités américaines, il a enfin une certitude, et c'est un appui solide. Il peut être content, d'autres réponses viendront mais celle-là suffit à balayer bien des nuages...
Emporté par son élan, après avoir vérifié que je tenais encore sur mes jambes, il repart vers son ordinateur pour échanger des nouvelles avec d'autres...
C'est alors seulement que je réalise, rendue à mon repassage, toute la joie du moment. Ces minutes de bonheur-là s'étirent jusqu'à devenir immenses, pas loin de l'infini...

Elles y rejoignent d'autres minutes précieuses, vécues deux ans auparavant : en allant assister à son conseil de classe, j'ai vu Mademoiselle Bee courir vers moi du bout du couloir du lycée, ses cheveux encore blonds déployés comme des rayons autour de son sourire éclatant, et elle m'a prise dans ses bras en criant :
Je suis admise à Sciences Po !
Là, je savais bien de quoi il était question, je n'ai pas eu besoin de temps pour comprendre et je n'ai pas dit grand-chose... Car tous les efforts déployés, les cours supplémentaires tard le soir et la tension de la préparation, tout cela est retombé sur nous comme une heureuse averse...
Les embrassements vigoureux de la demoiselle accompagnaient mon émotion (il a fallu commencer les larmes aux yeux le conseil de classe...) tandis que ces minutes de bonheur se gravaient en moi, immenses, pas loin de l'infini...


dimanche 4 janvier 2015

Pour commencer 2015

Après la magie d'un Noël familial et paisible, la douceur d'un réveillon tout aussi familial et presque aussi paisible (il a fallu attendre Petit Sapin parti jouer de la musique pour une bonne cause en début de soirée) et la gourmandise rituelle de la galette des Rois (ça y est, on sait trouver les ingrédients pour la faire comme on l'aime...), il n'est pas trop tard pour envoyer de bons voeux et d'affectueuses pensées...
Mais au passage, on voudrait partager le bonheur d'une soirée au théâtre qui a comblé Myosotis et son Grand Chêne :


Le divorce en question, c'est l'abîme essentiel qui sépare le Mal et le Bien.
C.S. Lewis met en scène un narrateur embarqué à bord d'un bus avec des passagers plus ou moins sympathiques. On comprend peu à peu qu'ils sont en route vers le Ciel, mais chacun est encombré de préjugés et de certitudes qui compromettent le voyage. Chacun bénéficie pourtant de l'intervention pleine de sollicitude d'un être lumineux envoyé à sa rencontre... Tout semble bien simple, si l'on écoute ces guides bienveillants, mais pour les suivre il faut franchir un pas décisif : renoncer à son lézard familier (symbole de bien des choses...), renoncer à l'obsession de la renommée, à un amour exclusif, à l'exercice du pouvoir...
Le narrateur très troublé voit défiler plusieurs personnages et reçoit avec un soulagement mêlé de stupéfaction les explications que lui donne l'être lumineux envoyé pour lui. Puis il se réveille...
C.S. Lewis n'avait pas écrit pour la scène. Cette adaptation laisse une large place à un écran géant, en arrière-plan, pour donner à voir la ville pluvieuse qui figure l'Enfer, la silhouette du bus allégorique et le beau Ciel bleu déployé sur un somptueux décor de montagne...
La technologie fait ainsi alliance avec le génie du texte pour guider le spectateur le long du chemin de conversion de l'auteur lui-même.
Les bonnes résolutions qui s'ensuivent ?
D'abord, je me méfie de mon lézard familier...
Ensuite, je m'ouvre aux merveilles de la technologie.
Enfin... J'attends mon bus en lisant C.S. Lewis.

dimanche 14 décembre 2014

Femmes en rose

Vendredi dernier, Petit Sapin est allé au MOMA (Museum Of Modern Art) à New-York City avec ses camarades de classe. C'était évidemment une bonne occasion de s'amuser mais il fallait aussi réfléchir sur l'Art et sa définition, faire le tour des collections, choisir une oeuvre particulière et l'étudier en détail.
Le MOMA est plein de surprises. Petit Sapin a bien ri devant certaines oeuvres (parmi lesquelles les ancêtres des jeux vidéos qu'il apprécie tant...), beaucoup moins devant d'autres (qui manifestent une intention de choquer si brute que la réflexion esthétique s'arrête là). Et il s'est bien amusé avec ses copains.
Pendant ce temps-là, Myosotis (qui avait joué le taxi à 4:30 du matin) s'est offert un tour de musée imaginaire. C'est que parmi les oeuvres du MOMA, on trouve ce tableau :


Christina's World, d'Andrew Wyeth, 1948

Au premier regard, on peut penser que c'est joli. Mais si l'on s'y arrête, on constate que la jeune fille semble rivée au sol par ses bras morts, qu'elle est tournée vers des ruines pathétiques et que rien dans ce décor ne respire la joie de vivre d'abord promise par sa robe rose dans la campagne... Il reste surtout une impression de mystérieux malaise...

De ce tableau fascinant, Myosotis est revenue à un autre portrait de femme en rose, présenté dans un musée de Washington DC :

Miss Amelia Van Buren, de Thomas Eakins, 1891

Là encore, l'attitude et le visage fermé du modèle soulèvent bien des questions. Comment savoir ce qui préoccupe cette élégante aux cheveux d'argent, dans son grand fauteuil de velours passé ? Certainement pas le souci de charmer le peintre... Qui a pourtant brossé ce portrait avec talent.

De cette dame, Myosotis a été ramenée à une autre, une vieille connaissance :

 Portrait d'Isaure Chassériau, d'Eugène Amaury-Duval, 1885

Myosotis petite fille l'avait découverte à l'occasion d'une visite scolaire au musée de Rennes. Deux ou trois autres petites filles s'étaient arrêtées devant ce portrait empreint de raideur classique, et leur instituteur leur avait lancé en passant, l'air goguenard : "Elle vous plaît tant que ça ?..."
Non, en fait, pas tant que ça... Elle n'a pas l'air si gracieux, elle semble s'ennuyer...
Mais les fleurs dans ses cheveux bien coiffés, le cordon délicat qui orne son col de neige et surtout, surtout, sa belle robe rose au tissu soyeux, il n'avait pas détaillé ça, bien sûr l'instituteur... Ni la profondeur d'un sourire de commande qui en dit long sur la vie de cette Mona Lisa au regard un peu vague et désillusionné...

Petit Sapin est revenu heureux de son voyage d'un jour au MOMA.

mardi 9 décembre 2014

Il était une fois...

... un roi et une reine qui vivaient dans un pays lointain, au coeur de l'Europe.
Le roi avait perdu sa Maman alors qu'il était encore enfant

et il était devenu roi très jeune, dans une situation politique compliquée. Était-ce pour ces raisons qu'il avait gagné le surnom de "Roi triste"?
En tout cas, c'est aux côtés de sa reine qu'il avait retrouvé le sourire


Et ils traversèrent ensemble de longues années marquées d'épreuves de toute sorte.

Dans cette deuxième partie du XXe siècle, ils sont critiqués pour des choix et des attitudes qui m'échappent en grande partie. Ni belge ni espagnole, je ne me sens pas le droit d'en juger.
Mais je voudrais simplement que leur mémoire soit honorée, parce qu'ils laissent l'image d'un couple de souverains fidèles l'un à l'autre et fidèles à leurs convictions. On aime à voir des célébrités qui se soucient davantage de leur devoir d'exemplarité que de leurs privilèges.
Et après tout, la bonne nouvelle, c'est qu'enfin tous deux ont fini leur chemin sur la terre...