mardi 7 avril 2015

100 %

Petit Lierre est français et américain. Il parle encore français à la maison, il apprend à lire et à écrire sa langue maternelle (en concurrence avec les apprentissages de l'école) et il ne fait pas tout comme ses petits camarades... (En particulier, il prend ses repas assis à table et il obéit généralement à ses parents.)
Mais ce soir, rayonnant de bonheur, il a passé une heure et demie à pratiquer une activité 100 % américaine : son premier entraînement de baseball

Un coach et deux assistants (c'est-à-dire trois papas) encadraient la petite équipe. Dans une atmosphère détendue (presque désordonnée), les règles étaient simplement rappelées quand l'occasion se présentait et chacun enfilait son casque ou son gant au bon moment. Les petits prenaient leur place, changaient de rôle, faisaient ce que le coach attendait d'eux, et à chaque balle (ratée ou pas) les félicitations fusaient, parce que le coach trouvait quelque chose à valoriser, dans le geste ou dans l'attitude...
Malgré la pluie printanière qui menaçait (et qui a fini par tomber), l'unique maman de service s'est laissée conquérir par la belle humeur ambiante.
Enfin, le coach a rassemblé sa petite troupe pour le rituel de conclusion. En cercle, on a répété l'essentiel : first rule, laisser parler le coach ; second rule, s'amuser ; third rule, manifester un esprit sportif et positif ; fourth rule, écouter ce que dit le coach.
Il y aura des matchs contre d'autres équipes, on fera des efforts pour maîtriser la technique, tous les garçons seront invités à se surpasser, mais ce sera toujours avec un sourire, encouraging, et "Go Rockies !" (les Rockies, c'est donc le nom de l'équipe des 7-8 ans...)
Il faut admettre que cette façon positive de procéder a du bon. Petit Lierre tout mouillé de pluie et de transpiration n'a exprimé qu'un regret, il a trouvé cette séance beaucoup trop courte. Et sa maman ne l'a pas contredit... Elle a tout juste eu le temps de commencer la lecture du "Baseball pour les Nuls" qui devrait lui permettre d'apprécier pleinement cette nouvelle saison.

samedi 4 avril 2015

Le Grand Silence

C'est ainsi que la Tradition présente ce Samedi Saint.
Un jour d'attente...
Tandis que les nouvelles les plus horribles s'accumulent...
Tandis que les Chrétiens sont confrontés à la violence du monde...
Tandis que tant de gens oublient, délaissent ou nient la part divine de l'Homme...
Un jour d'attente avant...


mardi 17 mars 2015

Le barber de Rockville

Les Américains laissent les dames aller chez le coiffeur et profitent des tarifs avantageux du traditionnel barber. La partie masculine du Petit Jardin a vite adopté cette pratique économique et va une fois par mois environ s'y faire faire une coupe rapide (et très convenable).

Dans cette boutique sans fioriture, on attend son tour en regardant du sport et des news à la télé, ou en feuilletant des magazines qui présentent des voitures avec des décolletés avantageux, et des publicités qui affirment : "Mais si, prenez une douche avec du savon, votre petite amie sera contente..."
Il faut cependant être attentif car le barber peut faire des excès de zèle et Petit Lierre (que le Grand Chêne avait un jour perdu de vue pendant leur coupe respective) est revenu une fois avec si peu de cheveux sur la tête qu'il n'a pas eu besoin d'y retourner le mois suivant...

Tout allait bien, jusqu'au jour où notre Jeune Sapin y est allé seul et a perdu son ticket de stationnement... Il a eu l'idée malheureuse de forcer le passage derrière une autre voiture pour quitter le parking, s'est rendu compte que ça ne marcherait pas quand la barrière s'est refermée sur lui, a voulu reculer et est allé heurter un pick-up garé non loin de là...
Quelle émotion au téléphone, quand Myosotis a entendu sa voix annoncer : "Maman, j'ai eu un accident !" Heureusement, il n'y avait que des dégâts matériels (sérieux mais la voiture roulait encore). On a rassuré (ça arrive à tout le monde...), on a réconforté, on a indiqué la marche à suivre : demander de l'aide pour sortir du parking, laisser nos coordonnées sur le pare-brise du pick-up abîmé, puis rentrer doucement.
Ici intervient de nouveau le barber. Cet individu douteux a refusé de donner de quoi écrire à notre Jeune Sapin, au motif que "si tu laisses ton nom, il faudra payer !" et lui a fait quitter le parking en vitesse !
Myosotis a donc téléphoné au gardien du parking et signalé l'incident, en laissant toutes les informations utiles pour que le conducteur du pick-up n'aille pas entreprendre une action pour délit de fuite... 
Mais la colère grondait, à l'idée qu'un adulte (a priori raisonnable) puisse donner de tels conseils à un garçon de 17 ans... Myosotis fort agitée a donc déclaré bien fort à ses enfants qu'on avertirait le Grand Chêne (alors absent) et qu'on changerait les habitudes : "On n'ira plus chez ce barber !"
Or Petit Lierre, très intéressé, n'avait rien perdu de toute l'affaire et avait suivi pas à pas sa Maman au téléphone, puis gesticulant dans la cuisine. Il a bien senti la colère et le subtil désir de vengeance contenu dans cette promesse de changement, mais il s'est laissé induire en erreur par une similitude phonétique intrigante. Il a donc demandé, persuadé sans doute que l'on préparait une expédition punitive sanglante : "Dis Maman, ça veut dire quoi plucher le barber ? On va lui faire quoi ?"

mardi 3 mars 2015

La neige, la neige, toujours recommencée...

Voilà notre huitième hiver en terre américaine. C'est parfois très joli.


 Au carrefour des influences glaciales du nord et tropicales du sud, huit saisons imprévisibles (les services météorologiques ne cessent de le répéter en tentant leurs prévisions), toujours différentes des précédentes.


Myosotis a appris à ne pas ranger les vêtements d'hiver, à laisser les luges et les pelles à neige dans un endroit accessible, à remplacer les pull-overs par des vestes ou des châles faciles à mettre ou enlever en un tournemain.
Le Grand Chêne a appris qu'il ne faut pas tenir compte de la date pour décider d'arrêter le chauffage, qu'il vaut mieux vérifier sur Internet avant de partir si le métro fonctionne normalement et que les effets de la pluie verglaçante peuvent être spectaculaires.


Les plus jeunes savent qu'il ne faut pas sortir de son lit avant d'être assuré de l'ouverture des écoles, qu'il y a un temps pour rester inerte devant un écran et un autre pour sortir déneiger chemin et trottoirs, et que certaine qualité de neige n'est bonne que pour les batailles devant la maison.

Après de longues années de service, le canard de bois qui ornait la terrasse a baissé les ailes et fini sa carrière dans la cheminée, en janvier. On a donc décidé de le remplacer par un autre presque identique, acheté pour la Saint Valentin, dont on s'est promis de prendre soin.
Au mépris des expériences passées, on voulait attendre qu'il fasse beau pour le mettre en place.
Il a fait beau.



Mais pas très longtemps.


L'année dernière, la tempête finale de la saison a eu lieu le 30 mars. Comment savoir ce qui arrivera cette année ?
Une seule certitude : pas de place pour la monotonie.

mardi 24 février 2015

Un mot d'enfant

Petit Lierre est bien présent dans toutes les conversations familiales et comprend plus de choses que nous ne pensons ou que nous ne voulons partager avec un petit garçon de 7 ans...
Et quand il ne comprend pas ou quand il veut rappeler qu'il est bien là, il multiplie les questions parfois hors de propos. C'est de son âge.
Néanmoins, à la suite d'un QUOI ? particulièrement vigoureux et malvenu, il s'est entendu répondre un peu sèchement : d'abord, qu'il n'était pas concerné, ensuite que l'on ne doit pas dire QUOI, mais COMMENT.
La conversation reprenant son cours, Petit Lierre est de nouveau intervenu avec vigueur en lançant un puissant POURQUOI ? auquel il n'y avait rien à répondre...
Devant le regard un peu noir de sa mère contrariée d'être interrompue une fois de plus, il a donc prudemment tenté une modification : POURCOMMENT ?

lundi 16 février 2015

White out

C'est la même chose qu'un black out, mais c'est le contraire. Tout est blanc.
Il tombe une neige fine et abondante qui colle partout et le vent souffle dans tous les sens. Il soulève des nuages de poudreuse qui viennent se coller aux carreaux des fenêtres, des deux côtés de la maison. Le sol est blanc, le ciel est blanc, l'air est blanc...
Rien de bien grave, quand on y pense. La chute de neige en elle-même dure peu de temps, la poudreuse continue à voler en tourbillons et le vent sculpte des vagues gracieuses dans des endroits choisis, mais les routes ne sont pas vraiment encombrées. Rien à voir avec les quantités de neige et de glace qui ensevelissent Boston, et plus au nord...
Notre vrai souci, c'est la température, une fois de plus. On est bien d'accord sur le fait que 32°F = 0°C. Alors évidemment, 16°F = -9°C. C'est logique. Mais que fait-on lorsque la température prévue est de -3°F ? On obtient -19.4°C, mais ce n'est pas sérieux...
Ici, ce n'est pas l'Alaska ou le Minnesota... On reçoit les influences humides et chaudes du Golfe du Mexique et le froid qui descend du nord, c'est entendu, mais toutes ces influences associées composent un mélange varié qui nous épargne l'ennui, voilà tout. Nul besoin de ces excès...
Pourtant, c'est déjà arrivé : cette photo du Washington Monument date de 2010

Un autre white out...
Est-ce qu'il faisait aussi froid, cet hiver-là ?
Je ne sais plus... Il y a grand blanc dans ma mémoire...

mardi 27 janvier 2015

Des minutes immenses

Soir de repassage. On y va méthodiquement, en essayant d'être efficace mais de limiter les faux plis sur les chemises du Grand Chêne.
Et soudain, un troupeau de pachydermes dévale l'escalier, puis Petit Sapin tout hérissé, rouge et les yeux brillants, envahit l'espace de repassage et me serre dans ses bras en criant :

Je suis admis au Honors College de UMD !!!
C'est visiblement une bonne, très bonne nouvelle, je participe au mouvement (d'ailleurs, c'est plus prudent) mais je me demande quand même : UMD, qu'est-ce que c'est, déjà ?... Ah oui, University of MarylanD !)
Mon grand ! C'est magnifique, formidable !
Il continue à sauter en me faisant tourner avec lui (sa joie est contagieuse, mais il n'y a pas beaucoup d'espace, en fait, près de la table à repasser... Et je cherche à me souvenir... Honors College ? On en a déjà parlé ? Qu'est-ce que c'est au juste ? Je risque une question :
C'est vraiment génial... Et on y étudie quoi ?
Je sais pas ! C'est super !!!
Alors le plus important s'impose à mon esprit : il a une réponse pour l'année prochaine, dans ce système si complexe des universités américaines, il a enfin une certitude, et c'est un appui solide. Il peut être content, d'autres réponses viendront mais celle-là suffit à balayer bien des nuages...
Emporté par son élan, après avoir vérifié que je tenais encore sur mes jambes, il repart vers son ordinateur pour échanger des nouvelles avec d'autres...
C'est alors seulement que je réalise, rendue à mon repassage, toute la joie du moment. Ces minutes de bonheur-là s'étirent jusqu'à devenir immenses, pas loin de l'infini...

Elles y rejoignent d'autres minutes précieuses, vécues deux ans auparavant : en allant assister à son conseil de classe, j'ai vu Mademoiselle Bee courir vers moi du bout du couloir du lycée, ses cheveux encore blonds déployés comme des rayons autour de son sourire éclatant, et elle m'a prise dans ses bras en criant :
Je suis admise à Sciences Po !
Là, je savais bien de quoi il était question, je n'ai pas eu besoin de temps pour comprendre et je n'ai pas dit grand-chose... Car tous les efforts déployés, les cours supplémentaires tard le soir et la tension de la préparation, tout cela est retombé sur nous comme une heureuse averse...
Les embrassements vigoureux de la demoiselle accompagnaient mon émotion (il a fallu commencer les larmes aux yeux le conseil de classe...) tandis que ces minutes de bonheur se gravaient en moi, immenses, pas loin de l'infini...