samedi 18 août 2018

Main droite, main gauche

C'est un processus passionnant qui se reproduit avec chaque bébé. Lorsque vient le moment très attendu où la petite main potelée s'ouvre pour saisir l'objet qu'on lui tend (girafe Sophie ou autre hochet), c'est la liesse. On quitte la phase charmante où le petit poing se fermait automatiquement sur le pouce de Papa ou Maman, qui pouvait alors refermer ses doigts sans que la présence de la petite main soit décelable au creux du poing adulte aussi gros que la tête du nouveau-né.
L'étape de la préhension ouvre des perspectives exaltantes : on donnera bientôt une petite cuillère (vide), une première brosse à dents (symbolique), un premier crayon de couleur... On verra le geste se préciser, de plus en plus volontaire, de mieux en mieux contrôlé, même si l'objectif demeure souvent la mise en bouche de l'objet, quel qu'il soit. On devra lutter pour conserver hors de portée certaines choses que l'on ne souhaite pas confier aux débuts hasardeux de ces progrès psychomoteurs : cheveux longs, lunettes, pendentif accroché à une chaînette trop peu résistante, papier que l'on voudrait lire, bol de compote, tout cela sera écarté ou déplacé malgré les protestations du bébé.
Il reste alors un point crucial à éclaircir : ce bébé est-il droitier ?
On sait qu'il ne faut pas contrarier la nature et on observe de près : on tend la cuillère, la brosse à dents, le crayon surtout, vers la main droite. On guette. Généralement, le bébé n'est pas contrariant, garde l'objet dans la main qui l'a reçu et l'utilise ainsi.
Mais on peut observer une résistance inattendue : le bébé prend l'objet et le fait passer dans sa main gauche, systématiquement. On recommence, on questionne (sans rudesse), on insiste (délicatement). Rien à faire. Le bébé grandit, apprend à écrire, c'est définitif. Il faudra penser à acheter des ciseaux pour gaucher, le moment venu. À moins que le petit contrariant n'aille jusqu'à se montrer ambidextre, en écrivant de la main gauche mais en faisant coloriages et bricolages de la main droite.
On n'est jamais au bout de nos surprises.
Et c'est très bien ainsi.


jeudi 22 mars 2018

Pédagogies

Lorsque Myosotis est devenue professeur, en 1993, elle est passée par la case "IUFM" à Rennes. Au fil des années, elle a acquis un peu d'expérience sur le terrain mais les stages suivis ici et là sont allés dans le même sens que cette formation de départ.
On lui a appris que le problème, le grand fléau, le Mal suprême, c'est la situation héritée du Moyen Âge, matérialisée par la disposition d'une salle de classe traditionnelle :

(Le prof professe et les élèves sont élevés.)
Cette situation obscurantiste est demeurée inchangée jusqu'au XXe siècle, malgré les apports louables de la Modernité :
(On notera que le prof y a gagné la certitude de ne plus se faire une entorse ni tomber dans la poubelle en arrivant au bout de l'estrade.)
Enfin, les Pédagogues, les vrais, sont intervenus :
(Nonobstant le léger inconfort des apprenants placés dos au tableau et de l'enseignant sollicité de toute part, des pratiques innovantes sont devenues possibles, dans des conditions qui ont prouvé aux apprenants l'inutilité de regarder au tableau.)
À cette nouvelle disposition de l'espace-classe, les progrès techniques ont apporté une autre amélioration notable :
(Le prof désormais muni d'un ordinateur relié au monde n'a plus qu'à apprendre à s'en servir et à surmonter les défaillances variées du système, tout en s'assurant que les apprenants ne vont pas trop loin dans leurs initiatives individuelles.)

Du Moyen Âge au XXIe siècle, le rapport entre maître et disciples, prof et élèves, enseignant et apprenants, a été repensé, ajusté, réorienté. Mais le grand absent de tous ces schémas, le point central qui finit par laisser un grand vide, c'est... le savoir. Ce trésor que l'on veut transmettre et qui donne son sens au métier d'enseignant, le contenu qui justifie tout effort d'apprentissage, de lui on ne voit pas trace.
Cependant quelle que soit la couleur du tableau, quels que soient la disposition du mobilier et les moyens pédagogiques mis en oeuvre, où puise le prof qui met tout son coeur et toute son expérience à faire partager la beauté de l'alexandrin de Racine, la tournure impeccable de Cicéron, l'incroyable manoeuvre de Salamine ? Et d'où naîtra la motivation de l'enfant qui l'écoute (peut-être) et qui voudra (qui sait) approfondir ce qui aura éveillé son intérêt ?
Il reste peu de chose pour motiver les investissements pédagogiques les plus ingénieux si le système tourne à vide.
Myosotis donne sa démission le 18 juin prochain. Une façon comme une autre de répondre à l'appel de sa conscience professionnelle...

mardi 2 janvier 2018

En tournant la page

Les derniers mois de 2017 ont été difficiles. Autant que les premiers, en fait. On ne va pas faire la liste, ce serait un peu triste et chacun sait qu'il vaut mieux énumérer les belles choses.
Heureuse tournure d'esprit que celle des gens doués pour le bonheur !
Mais quand on a dans le coeur deux familles qui ont chacune enterré un garçon de 20 ans, sans mentionner tout le reste, ce n'est pas pêcher par manque d'optimisme que d'hésiter un peu avant de crier "Bonne année et bonne santé" à tous les vents.
Dans ce moment de transition, comme un dernier (ou un premier ?) cadeau, le Petit Jardin presque complet a vécu un moment de grâce lors de la dernière messe de 2017. Ce n'était pas (pas vraiment) une grâce théologiquement définissable. C'était un éclat de vie familiale agrandi aux dimensions de l'église paroissiale, avec toutes les perspectives (une, catholique et apostolique) que cela implique pour des croyants.
L'assemblée était peu nombreuse (dimanche 31 décembre à 18h00...) mais tout y était : des enfants de choeurs, parmi lesquels Petit Lierre désormais fort expérimenté, une chorale de jeunes gens et jeunes filles, parmi lesquels Petit Bouton d'Or et sa voix du même métal, et, au piano, Moyen Sapin qui travaillait les partitions depuis plusieurs jours pour remplacer l'animateur habituel.
Tout a suivi son cours...  
Myosotis et son Grand Chêne ont vu passer en procession Petit Lierre et son grand cierge. Moyen Sapin concentré sur son clavier dirigeait la chorale, qui le lui rendait bien. Petit Bouton d'Or a joliment chanté sa partie et les micros ont fini par fonctionner. Petit Lierre a pris en charge le gros livre et la vaisselle sacrée au moment voulu. C'était une belle "messe de jeunes" à l'américaine, avec une liturgie impeccable.
Puis juste avant la procession finale, le prêtre a annoncé qu'il voulait entonner avec l'assistance "un chant de méditation". Moyen Sapin  n'avait pas de partition préparée, la chorale ouvrait de grands yeux pour essayer de deviner ce qu'on allait lui demander, et avec une certaine fébrilité Moyen Sapin a fini par crier (depuis son piano) au prêtre : "Which song?", à quoi le prêtre (souriant) a répondu : "You'll see by yourself!".
Il a alors entonné O Holy night (version anglaise de Minuit chrétien), bientôt suivi par l'assemblée... La chorale... Et Moyen Sapin qui a pu rattraper la mélodie et les accords très vite...
Quelle joie alors de voir Petit Lierre reprendre son grand cierge pour la procession, Petit Bouton d'Or chanter à pleine voix et Moyen Sapin un moment désarçonné retrouver son assurance !
Myosotis et son Grand Chêne en ont ressenti beaucoup de fierté mais, plus encore, une immense douceur. Dans l'harmonie palpable de ce moment de grâce, le Petit Jardin s'est senti enveloppé dans l'Amour infini.

vendredi 14 juillet 2017

Pour le bien de la cause

C'est le titre d'un récit de Soljénitsyne publié en France en 1970 avec la Maison de Matriona.
Dans Pour le bien de la cause, l'auteur met en scène un collège technique : les professeurs, les membres de l'administration, les élèves (des plus jeunes aux plus âgés). Tous espèrent obtenir enfin de meilleures conditions de travail dans un bâtiment neuf, et lorsque le chantier prend trop de retard, ils y consacrent bénévolement leurs soirées, leurs jours de congé et leurs vacances...
Après tant d'efforts, on assiste cependant à l'arrivée d'un cadre du Parti qui décide de s'attribuer le bâtiment flambant neuf pour y fonder un Institut technique sans rapports avec le collège, mais présenté comme une priorité prestigieuse pour la ville. Et le directeur du collège voit le Directeur du nouvel Institut faire déplacer la barrière entre les deux bâtiments, pour gagner de l'espace de son côté, réduisant les collégiens à perdre jusqu'à leur espace de récréation...
Toutes proportions gardées, une récente mésaventure a réveillé le souvenir poignant de ce récit dans le coeur de Myosotis. C'est peut-être ça la première erreur : Myosotis a mis tout son coeur dans le classement et la rénovation du Cabinet de Littérature au Lycée français.
Lors de sa précédente expérience (6 ans auparavant), elle avait trié du sol au plafond les paquets de livres restés agglutinés à la suite d'un dégât des eaux à l'étage supérieur. Puis on avait mis au travail des élèves volontaires pour un inventaire des collections. C'était déjà bien mieux.
Cette fois, Myosotis a classé les ressources documentaires, dédoublé les manuels offerts à titre de spécimens, complété les collections avec ce qu'elle trouvait ici et là dans le fond des armoires, triés les obsolètes et sauvé les trésors classiques qui ne trouvaient plus leur place au CDI. (Les documentalistes doivent s'en tenir à l'usuel, à l'actuel, et elles ne peuvent repousser les murs pour garder ce qui n'est plus à la mode.)
À force de réitérer ses demandes, Myosotis a obtenu que le vieux mobilier (2 armoires métalliques branlantes et un bureau antédiluvien) soit remplacé par une jolie table ronde et 2 petites étagères blanches. Il a même été possible de faire graver sur une plaque de plastique bleu identique à celles des numéros de salles du couloir, le nom de ce cabinet.
 On s'est avisé alors que le sol en était couvert de dalles avec amiante, le reste du bâtiment ayant été désamianté, mais personne n'était venu voir derrière cette porte s'il fallait faire quelque chose. Alors Myosotis a rangé tout les livres dans les grandes étagères fixes, le joli mobilier neuf a été placé dans le couloir, le désamiantage a commencé juste après la fin des cours.
Pour voir s'il était déjà possible de réinstaller les chers volumes, Myosotis est allée faire un tour au Lycée français. Les travaux avaient un peu de retard, pas moyen d'accéder au cabinet encore tout ensaché... Alors elle est allée arroser la plante en salle des profs et embrasser la gentille secrétaire qui triait ses gros dossiers... Au passage, elle a salué le directeur pédagogique et échangé quelques mots avec lui...
"Le cabinet de littérature ? Va falloir que je le prenne... Je vais en faire un bureau... Pour la vie scolaire... J'ai pas assez de salles de classes... Je suis allé voir dedans... Vous avez un bel espace, hein... !"
Ce fut comme un arrachement. La sensation de perdre quelque chose de précieux. La certitude soudaine que personne n'accorde au contenu de ce cabinet l'importance qu'il a vraiment.
Incrédule, Myosotis a fait bonne figure. Ils feront ce qu'ils voudront.
Il était temps qu'elle comprenne où est vraiment son Trésor.

dimanche 2 juillet 2017

Un mariage à l'américaine

Des amis nous ont invités au mariage de leur fille.


C'est toujours un très beau moment, lorsque les traditions américaines déploient leur splendeur : cortège des demoiselles en robes longues et garçons d'honneur en nombre égal, petites filles en blanc pour lancer des pétales de rose (en tissu) sur le chemin de la mariée, autre petite fille très hésitante pour porter sur un petit coussin les anneaux des époux... Une cérémonie réglée au millimètre.
Le cadre était parfait, lui aussi : une petite église parfaitement climatisée, fraîchement repeinte et impeccablement entretenue (les dames de service ont commencé à balayer les pétales de tissu alors que les mariés étaient encore devant l'autel pour les photos).
 Un évènement météorologique puissant est venu apporter plus de solennité encore à la cérémonie : au moment même de l'échange des consentements, une averse orageuse a couvert le bruit de la climatisation, enveloppant l'assistance dans un fracas étonnant. Le célébrant en a profité (ensuite) pour souligner que cette pluie diluvienne matérialisait fort bien la pluie de grâces invoquées sur les amoureux...
Tout aussi spectaculaire (et là encore commenté par le célébrant qui y a retrouvé l'atmosphère du Triduum pascal, durant lequel le jeune marié a été baptisé en avril dernier), un geste du photographe restera dans les mémoires : ce brave homme un peu corpulent et encombré de son matériel a voulu prendre appui contre un mur, tandis que la mère de la mariée lisait un bel extrait de l'Apocalypse. Mais au lieu de rencontrer la surface lisse du mur, le photographe a poussé un interrupteur qui a éteint les lumières de l'église, à l'exception de la petite lampe de la lectrice qui a continué, imperturbable. Le temps de comprendre d'où venait le geste malheureux et d'y remédier, l'assemblée s'est bien amusée, ce qui arrive rarement durant cette lecture...
Vivent les mariés !


vendredi 30 juin 2017

Chats de juin...

... l'été commence bien !
Dans notre voisinage, être disponible pour rendre service signifie essentiellement devenir "cat-sitter" (comme baby-sitter, mais on en revient couvert de poils de chat).
Voilà donc les aimables félins qui ont occupés ces premiers jours de vacances, de gauche à droite :



* le chat roux, Bob, proche voisin, deux visites quotidiennes pour le nourrir savamment (la fille de ses maîtres est vétérinaire) et lui donner son médicament contre l'artrite...
* les deux frères tigrés, Brother Cat et Sister Cat, encore plus proches voisins, habituellement occupés à chasser dans les jardins mais cantonnés à des tâches ménagères (faire tomber les conserves des étagères du garage et gratter je ne sais quoi sous les meubles) en l'absence de leurs maîtres...
* notre Jason gris sombre et blanc, si discret quand on veut le câliner, si envahissant quand on cherche à travailler (en particulier au clavier d'un ordinateur)...
* le chat blanc aux yeux verts, Hélios, adopté en Égypte par une collègue qui habite un peu plus loin, énorme animal qui perd ses poils par poignées mais qui a le secret de ronronner tout en miaulant de façon irrésistible...
Ils sont tous là, dessinés par Mademoiselle Bee qui a ajouté les signes japonais pour exprimer le ronronnement.
Heureusement que nous avons le nôtre à la maison. Car sinon, quand reviennent les maîtres de chacun, il serait cruel de perdre la sensation de leur affection avide et intéressée, mais si douce au toucher... Ce regard clair fendu de noir qui semble juger mais qui se voile d'abandon sous la caresse... Cette vibration intense, témoin de leur plaisir à notre contact, qui dure tant qu'ils le veulent bien et s'interrompt soudain pour un miaulement culpabilisant devant la porte fermée, ou une autre activité de leur choix...
Ici reviennent les mots de Colette, qui laissait Paris derrière elle sans regret, avec
ces cubes sans jardins, ces logis sans fleurs où nul chat ne miaule derrière la porte de la salle à manger, où l'on n'écrase pas, devant la cheminée, un coin de chien traînant comme un tapis, ces appartements privés d'esprits familiers, où la main en quête de cordiale caresse se heurte au marbre, au bois, au velours inanimés...
On ne prétendra pas qu'il soit toujours facile de prendre soin de ces compagnons à quatre pattes, mais l'évidence s'impose : s'occuper des bêtes constitue une merveilleuse expérience humaine...

mardi 23 mai 2017

Justice

Convocation à 8:00am. File d'attente, poste de sécurité, sacs-manteaux-ceintures et on peut entrer.


Dans le bâtiment aux couloirs démesurés, il fait froid et personne ne sait où il doit se rendre. On consulte un écran lumineux qui indique toute sorte de codes. On finit par s'y retrouver, quatrième étage, courtroom 401.
Devant la salle, encore un peu d'attente. Diverses formes d'inquiétude se laissent deviner. Une femme de type asiatique lit et relit une lettre. Plusieurs policiers arrivent, bardés de leur équipement (qui fait du bruit sous le portique de sécurité, mais eux bien sûr on les laisse passer), chacun vient pour une affaire précise.
Enfin les portes sont ouvertes. La salle du tribunal ressemble à un temple, avec de longs bancs de bois verni et trois allées qui mènent à l'estrade où siégera le juge. Mais avant cela, deux jolies juristes font aligner les personnes présentes : la brune aux longs cheveux lisses et aux talons vertigineux est procureur, elle identifie chacun et repère chaque dossier dans les paquets disposés sur sa table, la blonde légèrement ébouriffée assurera la défense de certains prévenus et ne sortira ses propres papiers qu'à ces moments-là, sur l'autre table.
Trois hommes Noirs aux cheveux grisonnants prennent place autour de l'estrade, impeccables et blasés. L'un d'eux avertit le public : pas de bavardages, pas de lecture privée, surtout pas de téléphone, il faut être attentif sinon on risque de manquer l'appel...
Enfin, le juge pénètre dans la salle, robe noire flottante et regard bienveillant derrière ses fines lunettes. Il s'installe, plutôt guilleret. Le ballet commence par une série d'échanges convenus : on remet tel cas à plus tard, la brune aux longs cheveux lisses fait voltiger les dossiers avec l'accord du juge qui annote ses propres papiers en cadence.
Les premiers prévenus sont alors appelés. On évoque des formations (éducatives et responsabilisantes) et des heures de service qu'ils devront effectuer, en plus du paiement d'une amende (et des frais de justice). Le juge prend le temps de leur demander s'ils sont bien conscients de ce qu'ils ont fait, ils affirment qu'ils le sont.
Une femme est appelée à la table de l'accusation. Du côté de la défense, son gendre, qui l'a battue un soir d'ivresse. Et avec ce gendre, la fille de la plaignante, venue soutenir son mari contre sa mère. Le juge écoute, l'avocat du gendre promet une conversion radicale, sa belle-mère secoue la tête... Il faut être du métier pour ne pas se sentir le coeur serré devant tant de misères...
Enfin retentit le nom que l'on attendait. Des policiers font entrer deux jeunes Noirs, en tenue carcérale, hirsutes et menottés. Le premier sera libéré bientôt et accompagné vers une réinsertion. Le deuxième, les mains agitées d'un tremblement évident, a un dossier si lourd que la brune aux longs cheveux lisses met un moment à tout énumérer. Il est coupable (entre autres) de plusieurs agressions à caractère sexuel. La blonde légèrement ébouriffée prend la parole, se lance dans de longues explications, agite son stylo. La brune aux longs cheveux lisses fait alors signe au témoin.
Le témoin s'avance, très droite, jusqu'à la table de l'accusation, décline son identité et résume les faits. La voix blanche mais la parole sûre, elle explique sobrement qu'elle est venue témoigner pour que cet individu ne recommence pas ce qu'il a fait. Le juge écoute, pose une question, la remercie. Elle peut regagner sa place ; une décision de traitement surveillé du prévenu est prise.
Grâce à elle, qui s'est défendue et a alerté aussitot la police, cet individu a enfin pu être arrêté. Grâce à elle, cette affaire n'est pas seulement une histoire sur papier. Elle a eu le courage de venir passer la matinée au tribunal pour donner un nom et un visage aux victimes de ce genre d'agissements. Elle a agi selon ses convictions.
Ma grande fille.