mardi 31 mai 2016

Fin d'années

Avec toute sorte de soucis plus ou moins gros, les mois ont passé.
Le Grand Chêne travaille toujours autant, en regrettant toujours que ses journées ne contiennent que 24 heures.
Mademoiselle Bee se lasse du Japon parce qu'elle a d'autres projets, tout en reconnaissant déjà que Tokyo lui manquera.
Moyen Sapin, en vacances depuis un mois, rattrape les longs moments où il a été privé de sa PS4, en y consacrant des journées entières.
Petit Bouton d'or vit ses dernières semaines au collège, puisque le lycée américain commence dès la classe de 3e. Au lieu de quitter la maison en prenant à gauche, l'année prochaine elle partira vers la droite. Mais il y aura d'autres changements...
Petit Lierre sait bien qu'il va quitter sa classe et sa maîtresse, mais il est serein puisqu'il va rester dans la même école, avec les mêmes copains. Et il vient de choisir son premier casque de base-ball, alors tout va bien.
Myosotis termine une année de transition au lycée français (2e expérience...), avec peu d'heures de cours hebdomadaires, beaucoup de réflexion et une grande prudence. Les changements qui affectent  le métier donnent à penser : réforme du collège, enterrement des Lettres Classiques, généralisation des outils informatiques... Tout ça ressemble à l'érosion, on n'y peut rien et il faut vivre avec, en s'efforçant de préserver le meilleur.
Et la passion de ranger les livres et les papiers permet des découvertes étonnantes : dans un placard jamais ouvert, près d'une mine de dictionnaires de thème latin en sédimentation, Myosotis a trouvé les derniers cahiers de textes utilisés dans l'établissement, pendant l'année scolaire 2008-2009...
Qui se souvient de ce cahier encombrant, essentiel si un inspecteur survenait ?
Les élèves devaient pouvoir y trouver ce qu'ils avaient manqué en cas d'absence, mais recourir à un camarade était plus sûr... Le cahier de textes était confié chaque semaine à un responsable qui se voyait puni s'il l'oubliait et qui devait attendre (pour quitter la salle) que le prof ait fini d'y griffonner à la hâte les activités du jour... Il fallait passer le prendre le matin et le remettre chaque soir (avec soin) dans le casier prévu à cet effet, non loin du secrétariat...
Et voilà, les derniers ont attendu 8 ans d'être envoyés au recyclage.
Mais on avait prévu des exemplaires supplémentaires, et il en reste encore quelques uns (qui datent de plusieurs livraisons différentes)


Des reliques... Absolument obsolètes... Ils serviront de brouillon, peut-être ?...



La révolution informatique est passée par là aussi. Jusqu'où ira-t-elle ?

mardi 22 mars 2016

Semaine Sainte

Après les complications de l'hiver, le printemps devrait être là et en tout cas Pâques est au bout de la semaine.
Mais alors que l'on s'attendait à vivre quelques jours un peu frais, avec les longues soirées consacrées aux offices du Triduum, ce matin tout s'est encore enflammé dans la haine et le sang...
Et avec ses élèves latinistes, quand Myosotis a lu :

Horum omnium fortissimi sunt Belgae...
De tous ces peuples, les Belges sont les plus braves...
Les mots de Jules César ont résonné au-delà du plaisant souvenir d'Astérix chez les Belges.
Les peuples d'Europe sont frappés les uns après les autres.
Iront-ils enfin chercher des ressources dans leurs racines communes ?
Iront-ils enfin puiser dans l'Espérance qui a façonné leur identité ?
Comme il est long, le chemin vers Pâques...


mardi 26 janvier 2016

Après le blizzard

Les écoles demeurent fermées, d'aimables voisins ont prêté main forte pour dégager le trottoir et le drive-way, des amis sont venus emmener Petit Lierre faire de la luge sur la colline.
Il reste suffisamment de réserves pour ne pas avoir besoin d'affronter tout de suite des conditions de circulation (et de stationnement) incertaines.
On a encore du bois pour la cheminée (et d'ailleurs il n'y a pas eu de coupure de courant).
Si le Grand Chêne n'était pas resté malgré lui en Europe, ce serait parfait !
Et le deuxième jour, quand le soleil s'est levé, le décor était beau comme une carte postale.


Le vent n'a pas soufflé trop fort, juste assez pour sculpter des congères aux allures de dunes.


Il reste à souhaiter que tout ne tombe pas du toit en même temps si quelqu'un vient à fermer la porte un peu vigoureusement...


mercredi 20 janvier 2016

Quand les impressions demeurent

En avril dernier, par chance et avec l'accord du Grand Chêne resté à la maison, Myosotis a passé un (long) moment dans une exposition d'art contemporain.
Ce n'était pas n'importe quel artiste, mais un peintre recommandé par une amie peintre elle-même. Ses oeuvres sont de vrais tableaux (avec tout le travail que cela suppose). Et les impressions ressenties face à ces oeuvres originales ne se sont pas estompées avec le temps...

Glen Kessler est américain et il a peint entre autres choses des CircuitScapes. Scapes, c'est pour "paysages". Mais circuit ?
Ce sont des circuits imprimés qui ont perdu leur fonction première, pour devenir des paysages urbains qui n'en sont pas vraiment. Glenn n'est pas le seul à avoir eu cette idée...


Les éléments que l'on trouve dans un ordinateur ont été photographiés, agrandis, retouchés...


Puis sont devenus décors, perspectives sur un monde artificiel qui ressemble au nôtre à s'y méprendre.






On y voit des ports, des avenues, des gratte-ciels...


Des usines et des hangars avec leurs réverbères luisants sous le ciel sombre...


Mais dans ce monde sans arbre ni oiseau, net et géométrique, la vie et la beauté existent pourtant par la grâce d'un regard. Et le jour se lève...


Et le talent de l'artiste a fait de ces objets sans grâce un lieu où je me prends à chercher ma place parmi les reflets et les ombres...

mardi 5 janvier 2016

Pour cette nouvelle année

Un peu de sagesse zaïroise :


Un seul arbre fait beaucoup de bruit en tombant
mais la forêt qui pousse
nul ne l'entend.


Que 2016 s'enracine dans le meilleur, quel que soit le bruit du reste autour de vous...



vendredi 25 décembre 2015

Noël

Dans un livre récent, une sorte de réponse à l'Étranger de Camus, intitulée Meursault, contre-enquête, l'auteur, Kamel Daoud, reprend le premier ouvrage en adoptant l'autre point de vue, celui de la victime, ou plutôt de son jeune frère.
On y découvre son deuil, sa colère, son impuissance, mêlés aux interrogations diverses qui accompagnent l'évolution de l'Algérie après son indépendance.
Parmi ces questions se pose bien sûr celle de la religion, que le narrateur rejette fermement :

(...) parmi tous ceux qui bavardent sur ma condition - cohortes d'anges, de dieux, de diables ou de livres -, j'ai su, très jeune, que j'étais le seul à connaître la douleur, l'obligation de la mort, du travail et de la maladie.(...) Donc, ouste ! Du coup, je déteste les religions et la soumission. A-t-on idée de courir après un père qui n'a jamais posé son pied sur cette terre et qui n'a jamais eu à connaître la faim ou l'effort pour gagner sa vie ?
C'est dit avec efficacité.
Mais justement, pour rencontrer Celui qui a voulu être aussi proche de nous qu'on peut le souhaiter, Celui qui a su réaliser cette communion intime dans l'effort et la souffrance jusque dans la mort, c'est aujourd'hui...


mardi 22 décembre 2015

Mon Universalis

Ce n'est pas vraiment un cadeau de Noël.
C'est la concrétisation inattendue d'un vieux rêve.
C'était une somme de savoirs qui déplaçait à la Bibliothèque Universitaire les étudiants pressés de consulter les précieux articles consacrés à leur domaine de travail du moment. On lisait l'article sur Proust, sur Platon, sur le Romantisme... On prenait des notes, on hésitait à photocopier le tout, on prévoyait de revenir pour lire tel et tel article indispensable...
Les précieux volumes occupaient un espace privilégié parmi les ouvrages de référence. L'Encyclopoedia Universalis, trésor hors de portée pour la bourse d'un étudiant, caution de sérieux et source d'informations dont on espérait beaucoup (en particulier pour améliorer les dissertations), trônait dans l'imagination au travail comme une Bible.
Puis les temps ont changé. Les études finies, on a renoncé à acquérir les précieux volumes en supposant que l'on aurait toujours accès (!) à une bibliothèque publique pour y revenir, et en se disant que l'usage domestique en serait peu fréquent. Un bon Grand Larousse Universel devait être plus accessible à une famille en pleine croissance.
Puis la révolution Internet a eu lieu. Jeunes gens et jeunes filles, lorsqu'une question épineuse les arrête, ne songent plus à sortir des rayons quelque pesant volume pour y promener un doigt et un regard interrogateur jusqu'à la bonne colonne de la bonne page. Désormais, c'est sur un clavier et un écran que doigts et regard se promènent.
Pour le meilleur sans doute, la somme de savoirs est maintenant accessible en ligne, dans toutes les langues, actualisés constamment par des spécialistes du monde entier...
Et qui sait ce qu'il va advenir des précieux volumes, dans les bibliothèques de France ?
En tout cas, à la bibliothèque du lycée français de Washington (où Myosotis a repris du service), l'Universalis tout entière, reléguée au rang de cale ou de support pour les expositions temporaires, était promise à la poubelle.
Mais cela ne pouvait être. Cela ne sera pas.
Grâce à la gentille compréhension de la documentaliste et avec l'accord amusé du Grand Chêne, les précieux volumes sont désormais installés dans le sous-sol de la maison, on leur a fait une place de choix parmi les Lego et le reste. C'est la plus belle opération de recyclage qui se puisse imaginer. Un happy ending, en quelque sorte. Ou peut-être un happy beginning ?