lundi 30 novembre 2009

13 siècles et des poussières

Un peu d'Histoire :

à la fin du VIIIe siècle, Charlemagne, passionné de savoir et amateur de bien-vivre, confia à Maître Alcuin des charges équivalentes à celles de ministre de la Culture, des Cultes et de l'Éducation. Entre autres choses, Alcuin organisa l'enseignement des Lettres et des Sciences en trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie).
La suite :
13 siècles plus tard, en 2009, le projet de réforme du Lycée prononça la fin de l'enseignement du Latin, désormais réservé aux hypothétiques bacheliers de la série L.

Mais l'Histoire n'est pas encore complètement écrite...

Myosotis n'a pas l'âme d'une fleur de rocaille ou d'un lichen, capable de pousser en beauté sur des ruines. Myosotis aime la vie des beaux textes latins et grecs ; pour elle (armée de son Gaffiot), Rome est éternelle, les cités de Grèce demeurent des centres de pensée féconde et Cicéron, Virgile et Homère ne sont pas morts du tout... Il faut simplement inventer les moyens de les faire lire encore et toujours. Au travail, petite fleur...

lundi 23 novembre 2009

Life is about...

Au fil des années ici, Myosotis a de plus en plus d'anglais dans la tête. C'est naturel... Et c'est aussi une source de réflexions variées, surtout quand on essaie de traduire en français des expressions toutes faites ou des proverbes. Où l'on voit que l'esprit d'une langue (surtout que ce n'est pas à proprement parler l'anglais mais l'américain) peut résister longtemps à celui d'une autre langue...
Et puis il y a les moments de grâce.
Matin de pluie morose sur l'autoroute tout le monde a froid et se tait en regrettant son lit douillet, sauf Petit Lierre encore plein de l'enthousiasme de ses deux ans tout neufs. Myosotis un peu crispée au volant guette les feux verts, s'applique à garder les distances de sécurité et regarde l'heure pour s'assurer que l'on ne sera pas en retard. Au passage, près d'un temple baptiste, les ralentissements habituels lui laissent le temps de lire le panneau sur lequel une maxime de sagesse ou de bon sens remplace souvent les informations. Et voilà :

"Life is not about waiting for the storm to pass, it's about learning to dance in the rain."

Attends, attends, comment on dirait ça en français... ?
Oui, quelque chose comme : Vivre, ce n'est pas attendre la fin de la tempête, c'est apprendre à danser sous la pluie...
Quelque chose comme ça... Avec des verbes d'action là où ils utilisent un nom commun, et vice versa... Jolie formule...
Mais dis-donc, Myosotis, tu ne vas pas t'arrêter à la formule ! Tu as pensé au sens profond de ces mots que tu tournes en tout sens dans ta tête ? Au lieu de réfléchir à leur traduction exacte ou élégante, tu penses à apprendre à danser sous la pluie ?

jeudi 22 octobre 2009

Un tout petit moment dans la douceur d'octobre...


Arbres de mon jardin arbres du voisinage
arbres vous le savez personne n'y peut rien
arbres voici l'automne
et le temps a passé

Demain vous serez là sans feuille sans couleur
arbres vous dresserez vos troncs noirs craquelés
dans le froid dans le vent
dans la pluie solitaires

Vos branches nues au ciel ne porteront plus rien
au fil des jours glacés des brumes des matins
des longues nuits d'hiver
que mes rêves d'été

Arbres silencieux patients et fidèles
merci pour la douceur d'être tout simplement

jeudi 15 octobre 2009

Et pourtant, pourtant...

Myosotis a fait un grand plongeon. Du Latin, encore du Latin, toujours... Avec de (gentils) petits groupes d'élèves clairsemés qui arrêteront dès qu'ils auront le bac en poche. Parmi des (gentils) collègues tout occupés de mille autres choses, qui regardent passer la prof de Latin comme ils contempleraient le dernier des dodos. Avec la conviction de travailler pour la gloire, en étudiant ces textes fondateurs que plus personne ne lit.
Dans le casier abandonné par la collègue partie à la retraite, un vieux Gaffiot sommeillait, doucement appelé à tomber en poussières... Myosotis, dont le Gaffiot est encore en très bon état (pas assez utilisé ?) l'a réparé de son mieux (encore un épisode de la grande série : le Remède serait-il pire que le mal ?) en espérant qu'il servira encore un peu... Il faut garder la foi.


Et pourtant, pourtant, la mort de Socrate racontée par Cicéron, avec ses mots magnifiques et drôles qui évoquent le doux sommeil de la mort et qui trouvent un écho dans le To be or not to be d'Hamlet (Dormir ? Rêver peut-être...)...
Le récit par Tite-Live de l'exploit des Sabines, épousées de force mais devenues si fortes d'êtres épouses...
Les vers si bien pesés d'Horace pour parler de l'amour, Avec toi j'aimerais vivre, avec toi je mourrais volontiers...
Myosotis en s'y replongeant a retrouvé les bonheurs uniques de la Littérature éternelle, celle qui était avant, celle qui a nourri et formé les auteurs des siècles suivants. Avec le bonheur de faire partager tout cela aux élèves qui ont eu le courage ou la faiblesse de se laisser convaincre de continuer.
Il y a là-dedans quelque chose de l'ivresse des cimes, ce que l'on doit éprouver quand se retrouve très haut, tout seul, après de longs efforts, pour contempler le monde avant d'y retourner.

dimanche 27 septembre 2009

Déjà la fin septembre...

... ce n'est pas que l'on soit fâché de le voir se terminer, ce mois de reprise si intense, mais enfin quel tourbillon...
Myosotis est redevenue professeur, c'est à la fois très agréable (des élèves en or, peu nombreux et aimables) et très exigeant (même avec beaucoup d'amour pour la littérature, il faut bien des heures de préparation pour une seule séance). Le Grand Chêne continue à travailler en donnant le meilleur de lui-même (c'est bien connu, le bois, ça travaille). Mademoiselle Bee est bien partie, Petit Sapin est armé d'excellentes résolutions, Petit Bouton d'or y va avec le sourire, Petit Lierre se plaît chez sa nounou...
Et jour après jour, les choses s'enchaînent, et l'on à peine le temps de respirer, de réfléchir, de rêver...
Un rêve du moment ? Trouver un abri, un havre de paix, un espace protégé de tout ce qui blesse ou menace...
On pense un peu à ça (et pas seulement au photographe séduisant qui les a immortalisés) et de fil en aiguille, on repense à ça (Merci Oncle Mike pour la photo)
C'est drôle, le même genre de toit pour préserver un pont des rigueurs de l'hiver ou pour protéger les petites cuisses dodues de la brûlure du toboggan surchauffé par le soleil de l'été. Un petit toit, un petit coin protégé, comme ça, en passant...

lundi 7 septembre 2009

Retour

Myosotis revient de loin. Dans tous les sens du terme.
D'abord, il y a eu un long voyage avec tout le petit jardin en camping-car, très loin, trois semaines sur les routes du Far West (merci Peter pour la photo !) On y a vu des merveilles de toute sorte, auxquelles on s'attendait parfois

et parfois pas du tout : à quoi joue le Créateur ? On est poussé à se poser la question devant certains spectacles naturels... Et en plus ça sent bizarre...

Il y a eu aussi des moments magiques, comme ce voyage au XIXe siècle, le temps de visiter la maison occupée par Laura Ingalls et sa famille pendant le Grand Hiver à De Smet, South Dakota...

Ou la rencontre des quatre présidents choisis pour l'immortalité à Mount Rushmore

Trois semaines d'aventures jusqu'à San Francisco, 2800 miles au volant pour le Grand Chêne qui avait préparé le voyage depuis des mois et qui corrigeait sans cesse le programme pour en améliorer les aspects pratiques... C'est que Petit Lierre n'avait pas toujours envie de rester sagement assis dans son fauteuil, tandis que Petit Sapin et Petit Bouton d'or s'occupaient en jouant !
Quant à Mademoiselle Bee, elle profitait de la chance d'être en convoi avec un second camping-car pour choisir de voyager avec ses parents ou ses grands-parents, selon l'humeur... Et l'on se retrouvait à la faveur d'une pause pour admirer ensemble

ou bien pour s'amuser un peu

Et au fil des jours de route, Myosotis faisait lentement un autre voyage intérieur pour sortir d'une immense lassitude... Tout en se préparant à retrouver des élèves dans un cadre scolaire privilégié... Il faut exhumer pour cela des souvenirs enfouis depuis huit ans... Et s'assurer que l'on n'a pas perdu tout son latin...
Enfin nous y sommes, à ce mois de septembre. Mais après ces semaines étonnantes, plus rien ne devrait jamais être comme avant...

dimanche 19 juillet 2009

Et voilà...

L'été n'est pas si simple, on s'en doutait. Le repos scolaire n'est pas le repos tout court, ni pour le Grand Chêne toujours au travail, ni pour Myosotis qui continue sa tâche au fil des jours, ni pour le petit jardin dont chaque membre invente ses propres moyens de décaler l'heure du coucher, l'heure des repas et surtout l'heure du lever... A l'exception de Petit Lierre, imperturbable lève-tôt.
Mais ils sont gentils, si gentils... Ils comprennent la fatigue, ils veulent bien rendre service... Et puis le Grand Chêne avec son billet doux d'anniversaire... (Myosotis sait maintenant à quoi sert le code de connexion d'un blog : c'est pour en contrôler l'accès... Mais ce code si difficile à mémoriser, c'est le Grand Chêne lui-même qui l'a composé !)
Alors les jours passent, doucement. Et au hasard d'une relecture des Nouvelles Orientales de Yourcenar, il y avait le nom d'une amante fidèle, si triste mais si belle dans sa constance. Myosotis a ramassé ce nom comme un pétal sur le gravier : c'est la Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent.
On fait beaucoup de bruit (hihi !) au sujet de la chute des feuilles... Mais quand un calice alourdi cède soudain ses pétales à la terre, quand la gloire de la plante s'effondre en libérant la branche soudain plus légère de son poids de beauté, quand avant même d'être fanée la fleur gît sur le sol... C'est autre chose alors. C'est plus intime peut-être, plus déchirant aussi. Une merveille faite pour le ciel qui se fracasse en silence...
A moins que, pour une fête, on n'ait voulu une pluie de fleurs pour le plaisir des yeux ? Un tapis éphémère mais inimitable pour honorer un hôte de marque ? Yourcenar n'explique pas ce qui se passait dans le village de la Dame... Il reste simplement son nom. Et Myosotis dont la tête ne se dresse pas bien haut en ce moment se plaît à rêver en le répétant...
La Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent...