mardi 26 janvier 2016

Après le blizzard

Les écoles demeurent fermées, d'aimables voisins ont prêté main forte pour dégager le trottoir et le drive-way, des amis sont venus emmener Petit Lierre faire de la luge sur la colline.
Il reste suffisamment de réserves pour ne pas avoir besoin d'affronter tout de suite des conditions de circulation (et de stationnement) incertaines.
On a encore du bois pour la cheminée (et d'ailleurs il n'y a pas eu de coupure de courant).
Si le Grand Chêne n'était pas resté malgré lui en Europe, ce serait parfait !
Et le deuxième jour, quand le soleil s'est levé, le décor était beau comme une carte postale.


Le vent n'a pas soufflé trop fort, juste assez pour sculpter des congères aux allures de dunes.


Il reste à souhaiter que tout ne tombe pas du toit en même temps si quelqu'un vient à fermer la porte un peu vigoureusement...


mercredi 20 janvier 2016

Quand les impressions demeurent

En avril dernier, par chance et avec l'accord du Grand Chêne resté à la maison, Myosotis a passé un (long) moment dans une exposition d'art contemporain.
Ce n'était pas n'importe quel artiste, mais un peintre recommandé par une amie peintre elle-même. Ses oeuvres sont de vrais tableaux (avec tout le travail que cela suppose). Et les impressions ressenties face à ces oeuvres originales ne se sont pas estompées avec le temps...

Glen Kessler est américain et il a peint entre autres choses des CircuitScapes. Scapes, c'est pour "paysages". Mais circuit ?
Ce sont des circuits imprimés qui ont perdu leur fonction première, pour devenir des paysages urbains qui n'en sont pas vraiment. Glenn n'est pas le seul à avoir eu cette idée...


Les éléments que l'on trouve dans un ordinateur ont été photographiés, agrandis, retouchés...


Puis sont devenus décors, perspectives sur un monde artificiel qui ressemble au nôtre à s'y méprendre.






On y voit des ports, des avenues, des gratte-ciels...


Des usines et des hangars avec leurs réverbères luisants sous le ciel sombre...


Mais dans ce monde sans arbre ni oiseau, net et géométrique, la vie et la beauté existent pourtant par la grâce d'un regard. Et le jour se lève...


Et le talent de l'artiste a fait de ces objets sans grâce un lieu où je me prends à chercher ma place parmi les reflets et les ombres...

mardi 5 janvier 2016

Pour cette nouvelle année

Un peu de sagesse zaïroise :


Un seul arbre fait beaucoup de bruit en tombant
mais la forêt qui pousse
nul ne l'entend.


Que 2016 s'enracine dans le meilleur, quel que soit le bruit du reste autour de vous...



vendredi 25 décembre 2015

Noël

Dans un livre récent, une sorte de réponse à l'Étranger de Camus, intitulée Meursault, contre-enquête, l'auteur, Kamel Daoud, reprend le premier ouvrage en adoptant l'autre point de vue, celui de la victime, ou plutôt de son jeune frère.
On y découvre son deuil, sa colère, son impuissance, mêlés aux interrogations diverses qui accompagnent l'évolution de l'Algérie après son indépendance.
Parmi ces questions se pose bien sûr celle de la religion, que le narrateur rejette fermement :

(...) parmi tous ceux qui bavardent sur ma condition - cohortes d'anges, de dieux, de diables ou de livres -, j'ai su, très jeune, que j'étais le seul à connaître la douleur, l'obligation de la mort, du travail et de la maladie.(...) Donc, ouste ! Du coup, je déteste les religions et la soumission. A-t-on idée de courir après un père qui n'a jamais posé son pied sur cette terre et qui n'a jamais eu à connaître la faim ou l'effort pour gagner sa vie ?
C'est dit avec efficacité.
Mais justement, pour rencontrer Celui qui a voulu être aussi proche de nous qu'on peut le souhaiter, Celui qui a su réaliser cette communion intime dans l'effort et la souffrance jusque dans la mort, c'est aujourd'hui...


mardi 22 décembre 2015

Mon Universalis

Ce n'est pas vraiment un cadeau de Noël.
C'est la concrétisation inattendue d'un vieux rêve.
C'était une somme de savoirs qui déplaçait à la Bibliothèque Universitaire les étudiants pressés de consulter les précieux articles consacrés à leur domaine de travail du moment. On lisait l'article sur Proust, sur Platon, sur le Romantisme... On prenait des notes, on hésitait à photocopier le tout, on prévoyait de revenir pour lire tel et tel article indispensable...
Les précieux volumes occupaient un espace privilégié parmi les ouvrages de référence. L'Encyclopoedia Universalis, trésor hors de portée pour la bourse d'un étudiant, caution de sérieux et source d'informations dont on espérait beaucoup (en particulier pour améliorer les dissertations), trônait dans l'imagination au travail comme une Bible.
Puis les temps ont changé. Les études finies, on a renoncé à acquérir les précieux volumes en supposant que l'on aurait toujours accès (!) à une bibliothèque publique pour y revenir, et en se disant que l'usage domestique en serait peu fréquent. Un bon Grand Larousse Universel devait être plus accessible à une famille en pleine croissance.
Puis la révolution Internet a eu lieu. Jeunes gens et jeunes filles, lorsqu'une question épineuse les arrête, ne songent plus à sortir des rayons quelque pesant volume pour y promener un doigt et un regard interrogateur jusqu'à la bonne colonne de la bonne page. Désormais, c'est sur un clavier et un écran que doigts et regard se promènent.
Pour le meilleur sans doute, la somme de savoirs est maintenant accessible en ligne, dans toutes les langues, actualisés constamment par des spécialistes du monde entier...
Et qui sait ce qu'il va advenir des précieux volumes, dans les bibliothèques de France ?
En tout cas, à la bibliothèque du lycée français de Washington (où Myosotis a repris du service), l'Universalis tout entière, reléguée au rang de cale ou de support pour les expositions temporaires, était promise à la poubelle.
Mais cela ne pouvait être. Cela ne sera pas.
Grâce à la gentille compréhension de la documentaliste et avec l'accord amusé du Grand Chêne, les précieux volumes sont désormais installés dans le sous-sol de la maison, on leur a fait une place de choix parmi les Lego et le reste. C'est la plus belle opération de recyclage qui se puisse imaginer. Un happy ending, en quelque sorte. Ou peut-être un happy beginning ?




mercredi 18 novembre 2015

Actualité

"Et c'est là qu'intervient l'importance des textes grecs pour nous ; et ainsi s'explique que cette longue défense des valeurs garde un sens pour des lecteurs plus de vingt siècles plus tard. Les Grecs (...) ont décrit une expérience et défendu certaines valeurs qu'ils étaient les premiers à découvrir et qu'ils ont exprimées avec une telle netteté et un tel sens de l'universel que celles-ci s'imposent encore à nous (...).
Or, dans l'héritage de valeurs ainsi transmis, on peut dire que le refus de la violence tient la première place. La culture grecque se définit comme une recherche passionnée de tout ce qui peut mettre fin à cette violence considérée comme bestiale et indigne de l'homme.
Cette tendance profonde qui anime l'esprit des Grecs s'est manifestée en deux temps successifs : la découverte de la justice et la découverte de la douceur.
(...)
Les violences dans Athènes, et dans la Grèce en général, n'ont jamais cessé d'exister. Elles ont été constantes et parfois intenses ; mais elles n'ont pas pris le ton et la couleur que semble revêtir la violence dans notre monde ; et ceci suggère qu'il existait des forces capables de freiner, dans certains cas, la violence et de s'opposer à sa généralisation. Ces freins n'étaient pas seulement constitués par des règlements, par une surveillance, par un pouvoir de la cité. Il semble bien (...) qu'il faille chercher un peu plus loin, dans les tendances mêmes de l'esprit des gens. (...)
J'aimerais distinguer ici trois tendances profondes qui ont pu jouer : l'attachement vivace aux lois de la cité, un certain sens de la solidarité humaine et, plus profondément encore, un amour constant de la vie et de ses beautés."

Jacqueline de Romilly, la Grèce antique contre la violence, éditions de Fallois, 2000.

Et si on développait l'enseignement des Lettres Classiques ?


dimanche 25 octobre 2015

Antigone

Pas celle d'Anouilh, si fort marquée de Résistance et de révolte adolescente...
Celle de Sophocle, dressée de tout son être face à une loi inhumaine.
Le texte grec ancien a été traduit en anglais. Les personnages vêtus à l'occidentale se déplacent lentement dans un décor dépouillé, mais devant un écran où des vidéos font douter si l'on est au théâtre ou bien au cinéma.
Loin des amphithéâtres antiques où l'on représentait la marche inexorable du destin sous le ciel de Méditerranée, la scène du Kennedy Center accueillait cette pièce atemporelle derrière ses hautes façades modernes, sans regard sur les rives du Potomac parées d'arbres dorés.
Des milliers d'années après Sophocle, enrichie de tous les regards fascinés qui se sont posés sur elle au fil des époques, Antigone était bien là. Toujours indomptable, toujours frêle, toujours seule. Mais si vivante...


Et pour un heureux groupe d'élèves du lycée français, une rencontre avec Juliette Binoche a suivi la représentation.
Inoubliable Antigone. Inoubliable sans doute aussi Juliette Binoche. C'était un grand moment.