mercredi 1 mai 2013

le Premier mai

Ici, ça ne veut rien dire de spécial. Le jour de la fête du Travail, pour les Américains, c'est Labor Day, le premier lundi de septembre...
Mais il se passe quand même quelques petites choses dans le Petit Jardin... Tout d'abord, inexplicablement, le malheureux plant de muguet (repiqué il y a 2 ou 3 ans à un endroit trop sec) qui s'obstine à redonner quelques feuilles chaque année, a décidé cette fois de donner un brin fleuri !


Ensuite, pour la première fois depuis des jours, le soleil rayonne, généreux et chaud, et du coup le début de cette journée de travail ordinaire en a été tout allégé.


Et puis aujourd'hui, à l'école de Petit Lierre, c'est Truck Day. Comme chaque année, sur le vaste parking, des parents débrouillards ont convaincu des gens gentils de venir garer un camion de déménagement, un camion de pompier, une grosse voiture de police qui tracte un van (avec le cheval dedans), un camion-grue, un camion-poubelle avec grappin... Et le clou de la fête, c'est le camion du marchand de glaces, chargé de distribuer aux enfants des "popsicle" pré-commandés par l'école.
Tout bien considéré, ce 1er mai est un jour exceptionnel.



mardi 23 avril 2013

Pour le meilleur

Parce que trop souvent notre esprit est accaparé par le pire, il faut prendre le temps de savourer le meilleur...
Ces dernières semaines, Petit Sapin (qui pique de plus en plus) s'est consacré à la préparation de la comédie musicale annuelle de son High-School.
Il faisait cette fois partie du "pit orchestra" (pit = fosse d'orchestre) où il tenait les percussions. Répétitions hebdomadaires au départ...
Puis les répétitions régulières ont fait place à une semaine intensive, communément appelée hell week, et on a vite compris pourquoi... Tous les soirs, jusqu'à la fermeture du lycée, orchestre, chanteurs et techniciens (plus d'une centaine d'élèves en tout) ont travaillé pour le spectacle en se débrouillant pour finir quand même leurs devoirs pour les cours du lendemain.
Et enfin, le résultat a été offert aux spectateurs (essentiellement les familles des artistes) au cours de 5 représentations.

Au cours des années précédentes, on avait déjà eu l'occasion de s'émerveiller devant le talent show annuel de l'école primaire : de petits enfants, parfois très petits, viennent chanter sur scène ou jouer de la musique avec un talent que leur âge rend irrésistible.
Mais cette fois, les jeunes gens et jeunes filles qui chantaient, dansaient et interprétaient la musique n'étaient plus de mignons petits élèves de primaire. C'étaient des chanteurs, danseurs et musiciens dont la prestation forçait l'admiration, servis par une équipe technique entièrement composée d'élèves... Et les parents français, pas habitués à ce niveau de professionnalisme dans un lycée, se regardaient entre chaque chanson, incrédules et bien sûr fiers de leur grand fils.
On savait que la comédie musicale est une spécialité des USA, mais on pensait que c'était quelque invention hollywoodienne née dans des sphères spécialisées... En fait, cette forme de spectacle est un pilier de la culture. Les chansons les plus populaires font partie des classiques, berceuses pour enfants et/ou thèmes musicaux retenus pour les publicités à la télé.
Dans ce spectacle total, la vitalité et l'esprit bon enfant l'emportent sur toute réserve, parce que si l'on interrompt l'action pour chanter et danser, c'est l'occasion de performances harmonieuses et gaies qui forcent l'admiration.
Au cinéma, ça donne ceci
Sur scène, c'était de dimension plus modeste, mais tout y était : la fierté de faire partie d'une communauté qui met en place un "marching band" pour fêter dignement le 4 juillet (difficile à évaluer pour un Français...) ; la joie de rivaliser de générosité autour d'un enfant muré dans le deuil de son père ; l'émerveillement de voir un escroc converti par l'amour...
On en reste tout heureux. On rejoint Petit Sapin tout souriant et transpirant dans son costume noir avec noeud papillon, on le congratule sincèrement. Les artistes sortent en ordre dispersé... On reconnaît la jeune fille qui tenait le rôle principal (avec une voix digne de Broadway), le jeune garçon qui tenait le rôle de l'escroc (avec une maturité et un sens du comique très efficace)... Ils sont redevenus de simples lycéens qui saluent leurs copains et rejoignent leurs parents... Mais on est en droit de penser que des lycéens capables d'accomplir ce qu'ils viennent de faire sauront déployer aussi leur talent dans leur vie d'adulte. Pour un monde meilleur ?

vendredi 19 avril 2013

Le cours des choses

Tandis qu'à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent, haletants...

C'est le Premier sourire du printemps selon Théophile Gautier.
Il semble avoir raison sur au moins deux points : la préparation du printemps a été fort secrète et les hommes courent. Mais pour le reste, il faut noter que tous les hommes ne courent pas à des oeuvres perverses.
On voit des gens dévoués courir pour sauver les autres, en cas de besoin.
On en voit d'autres se lancer dans une course digne d'Hollywood pour retrouver les meurtriers, au péril de leur vie.
Et puis on voit des gens qui courent simplement parce qu'ils aiment faire du sport et parce que la vie continue. Le long des routes et des chemins, dans les parcs ou en ville, près des bâtiments publics dont le drapeau est en berne, ils continuent leur entraînement, méthodiquement, avec le sourire et parfois avec leur chien en laisse.
Demain matin, le Grand Chêne et Petit Bouton d'or participent à une course organisée par l'école, dans le joli quartier fleuri qui est aussi voisin du lycée français à Bethesda (au nord de Washington DC). On pensera aux coureurs de Boston. A la loi sur le port d'armes de combat. Aux victimes de l'explosion au Texas. On n'oubliera personne, mais on ira courir. Plus de 680 coureurs (et marcheurs sur une plus petite distance). Rain or shine. Avec le sourire.

mardi 19 mars 2013

Vaguement difficile...

... ce matin : embouteillages partout autour de DC, à cause d'un grave accident d'une part, à cause d'explosions de conduites d'eau d'autre part.
Pour faire face à l'accident (un camion couché sur l'autoroute 495), il a fallu fermer toutes les voies de circulation parce que le camion transportait des matières dangereuses (hazardous,c'est clair, mais ils ont peut-être encore exagéré les précautions ?).
Pour réparer les conduites d'eau... D'abord il faut réparer les lignes électriques tombées avec l'arbre qui a été abattu par un geyser de 15 mètres de haut consécutif à l'effondrement, et protéger les conduites de gaz voisines. Ensuite, il faut... contrôler et changer des kilomètres de conduites dont on n'a pas le souvenir que quelqu'un se soit occupé depuis des dizaines d'années. Et quand une conduite explose, d'autres suivent l'exemple (réaction en chaîne ?), ça arrive tout le temps, dans ce pays où l'on croit pourtant que tout est au top...


Aux automobilistes déprimés par les heures passées dans les embouteillages, on recommande par ailleurs de limiter leur temps sous la douche, l'usage des toilettes et des machines à laver, parce que 240 millions de litres d'eau ont été perdus ce matin. 240 millions ?
Encore un chiffre qui dépasse complètement les capacités de conceptualisation d'un être humain normal...

jeudi 14 mars 2013

Changements et continuité

Les Catholiques sont dans la joie, tout le monde connaît la nouvelle et la grosse machine des médias va se mettre à évaluer, anticiper, critiquer, surtout critiquer... C'est qu'il y en a des choses à dire sur ce nouveau Pape !
Et comme chacun voit midi à sa porte, Myosotis aussi a son mot à dire : depuis les premiers mois à Washington DC, dépasser l'obstacle de la langue américaine (et pas anglaise, ce n'est pas vraiment la même chose, on le sait bien...) a toujours constitué un défi et une préoccupation de taille. On a pris des cours, on a fait des efforts pour écouter et pour répondre aux gens... Oh, le terrible premier appel téléphonique pour faire venir un plombier ! Quel souvenir !
Mais après cette première étape (toujours en cours...), il y a encore une autre langue à découvrir : l'espagnol. Là non plus, ce n'est pas vraiment celui qu'on a appris sur les bancs de l'école, en France... On se débrouille. On rassemble des souvenirs de vocabulaire, on se concentre entre chaque phrase et on répond avec le meilleur accent possible aux gens incrédules : une française qui parle espagnol ? (Ben oui, enfin, on essaye, quoi...)
Or, le petit jardin s'efforce de grandir au soleil de l'Eglise Catholique Romaine (tous les adjectifs comptent, ici, vu la quantité d'églises aux noms variés). Après une première étape de confort dans la paroisse française, on a donc fait des efforts supplémentaires pour participer à la messe en anglais (américain) aussi. Et là, surprise ! On a vite compris que l'espagnol était présent, très présent. Plusieurs jeunes prêtres sont originaires d'Amérique Latine. De nombreuses messes sont dites en espagnol. Deux livres de chants (un dans chaque langue) sont proposés aux fidèles, parmi lesquels beaucoup de Latinos.
Et ce matin, dans l'église de la paroisse américaine, c'est ce journal qui était distribué :

en espagnol seulement (traduction du nom, après vérification :"le crieur").
Conclusion ? On va s'y mettre, promis, et puis l'espagnol liturgique, c'est très joli.

mercredi 6 mars 2013

Bouquet final

Autour de Washington DC, chez les privilégiés qui n'ont pas souffert de la tempête Sandy ni d'aucune des tempêtes de neige qui ont accablé les autres villes, plus au nord ou plus au sud, cet hiver a surpris et déçu.
Surpris les adultes, qui entendaient parler de gros temps sans le voir à leur porte, déçu les enfants, qui rêvaient de luge et de bonshommes de neige. Mais voilà, ce matin, une grosse chute de neige est tombée...
On l'avait annoncée à grand fracas hier. On a reçu sans surprise ce matin tous les messages automatiques annonçant, à partir de 6:30am, la fermeture des écoles et des administrations. Il n'y avait pourtant pas grand chose sur le sol, à part une légère couche blanche qui laissait les routes bien nettes...

Mais la neige s'est mise à tomber sérieusement et cette fois tout est devenu bien blanc.
Un petit détail, pourtant, cette neige-là était présentée comme wet snow, une qualité dont on n'avait pas encore entendu parler, et dont on n'oubliera pas les effets : tous les vêtements utilisés pour jouer dehors, par les adultes comme par les enfants, sont revenus littéralement trempés. Cette wet snow est donc une neige lourde et épaisse, excellente pour les batailles de boules et les bonshommes, moins bonne pour la luge, mais une fois tassée, pas si mauvaise. On en a bien profité.

A présent, c'est fini. Il reste une grosse épaisseur blanche qui se change doucement en soupe.
Le Grand Chêne va pouvoir retourner au bureau dès demain et les écoles rouvriront sans doute normalement.
Mais on a eu un moment de vraie neige et, dans les yeux des enfants ravis, le nez collé à la fenêtre jusqu'au moment où l'on s'est équipé pour sortir, la joie pétillait vraiment.
C'était là le plus beau bouquet final.

jeudi 28 février 2013

Ebooks et bouquins

Dans une Public Library des environs, les employés se battent pour sauver leur emploi et les crédits alloués aux bibliothèques. Des tracts et des affichettes invitent à signer une pétition, sur le thème : "Library still matters" et "Tell us why you love your library".
Le combat est rude, parce que non seulement la crise économique, mais en plus, les ebooks... Deux bonnes raisons de délaisser les livres en papier, leur coût et leur poids...
Alors l'amour du papier, la vie des choses écrites, les mots qui restent quand les paroles s'envolent, c'est tout un art de vivre qui se trouverait menacé par la technologie informatique ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'une page est en train de se tourner...

Or, dans un recoin de ladite Public Library, de vieux bouquins sont vendus au profit d'une association. On farfouille un peu et parfois on met la main sur des livres français... C'est ainsi que cette fois, on déniche le Chant du monde de Giono !
Et glissée à l'intérieur, une vieille pochette de carton contient deux fiches d'emprunt. On peut y voir des numéros tapés à la machine ainsi qu'un code-barre attestant l'informatisation du catalogue... Mais le modeste volume français, bien rangé dans quelque bibliothèque américaine, a traversé les années sans sortir de son rayonnage et les deux fiches ont jauni ensemble... (Quelle main distraite ou optimiste a pu juger utile d'ajouter une seconde fiche quand la première était restée vierge ?)

Pour faire de la place, on a donc retiré ce livre du prêt et on l'a proposé à la vente... Pour 25 cents... Giono ! Le magicien de l'eau et de la terre, celui qui donne à entendre le langage des arbres et qui parle d'amour comme d'une marée de sève ou de feu !
Les mots du vieux bouquin jauni n'attendent qu'un regard pour se déployer, et voilà le dégel du fleuve après le rude hiver sous la neige :

 Tout le long des rives, à l'endroit où le fleuve avait pu se frotter contre les arbres durs, il y avait déjà une belle allongée d'eau noire, toute libre. Elle goûtait l'air et elle ne gelait plus, elle faisait seulement la grimace avec des vagues et la moire du grand courant qui la travaillait en dessous. Pour le voir bouger on n'avait plus besoin de guetter le fleuve comme une belette qui fait l'endormie. Il ne se gênait plus. Il prenait même un peu trop de plaisir à faire du bruit et, des fois, il craquait comme d'un bout à l'autre rien que pour un peu soulever son dos glacé et le laisser retomber. Alors, l'eau libre des bords montait dans les champs et, à force de lécher la neige elle avait fait apparaître l'ancien visage de la terre, celui qu'on avait oublié, celui de peau raboteuse.

Imprimés, jaunis, tapis dans les pages d'un volume oublié ou bien tapés sur un ebook ou sur un blog, les mots seront toujours les mots.
Tous les écrans du monde ne changeront rien à la force des mots.