Le Grand Chêne est presque sorti de son gros rhume mais Petit Lierre vient de commencer le sien. Les deux virus ont des effets objectivement différents, mais la plus grande différence est que lorsque le Grand Chêne est malade, après avoir toussé dans son lit une partie de la nuit, il va tousser au bureau toute la journée. C'est ça, être un adulte responsable...
Dans les deux cas, bien sûr :
Mais quand Petit Lierre est malade, il reste au chaud et il a besoin de soins toute la journée. Des mouchoirs, des câlins, des jeux, toutes sortes de tentatives pour le faire boire (ça marche) et manger (ça marche moins bien). Tout cela en essayant de lui faire prendre quelques précautions élémentaires :
"Mets ta main devant ta bouche quand tu tousses, mon trésor... Il ne faut pas me donner tes microbes... Qui va soigner Maman, si elle est malade ?"
Et le bon sens en personne apporte la réponse avec la voix enrouée du charmant petit bonhomme :
"Personne."
...
mardi 14 février 2012
De saison
lundi 6 février 2012
Prom
Mademoiselle Bee est en classe de première au lycée français de Washington DC. Comme tous les lycéens de France, elle va passer en juin prochain les premières épreuves du baccalauréat. Mais une autre grande étape l'attend cette année, dans la plus pure tradition américaine, et sa profonde francophilie s'en accomode très bien : le bal de prom.
Ce joli évènement (prom est un abrégé de promenade !) accompagne la remise du diplôme de fin de High School, les élèves américains quittant le lycée un an plus tôt que les élèves français. Il s'agit d'une soirée habillée, très formelle, suivie d'une autre soirée nettement moins formelle, l'after-prom, qui empêche longtemps à l'avance les parents de dormir.
Il va falloir penser sérieusement à tout ça. S'assurer que l'organisation de la prom elle-même est faite avec sérieux et que le bal sera surveillé par des chaperones (sic) de confiance. Et bien s'assurer que l'after-prom aussi sera une véritable fête et non l'occasion d'une inqualifiable débauche. Il faut choisir les amis avec lesquels elle ira et le lieu précis où ils finiront la soirée. C'est le moment de ressortir la panoplie de parents intraitables pour négocier sur des bases solides...
Mais avant cela, il y a cet instant magique... On entre dans le grand magasin et on s'approche du rayon de robes chatoyantes en laissant Mademoiselle Bee jeter un premier coup d'oeil... Le sol tremble un instant sous les pas, les lumières et les couleurs valsent derrière les paupières qui se ferment avant de se rouvrir très vite, tandis que le coeur bat très fort...
Nous y sommes, voilà...
Vas-y...
Choisis ta robe, ma belle...
vendredi 20 janvier 2012
Le temps qui passe
Quand nous changeons de calendrier, les pensées qui surviennent ne sont pas toutes du même ordre...
Il y a le désir immense de voir tous ceux que nous aimons vivre une nouvelle année heureuse, sereine, belle et bonne... (Et même ceux que nous n'aimons pas parce que nous les connaissons trop peu ou trop mal... ) Nos voeux les meilleurs, en somme.
Il y a le souci immédiat de ne pas oublier les repères placés sur le calendrier 2011 : une semaine sur deux, comme ceci, l'autre semaine, comme cela, avec tel et tel rendez-vous médical ici, le dentiste là, l'orthodontiste aussi... Certaines promesses semblent lointaines (le joyeux rendez-vous des vacances, la visite de Mamie Jardinette...), d'autres presque trop proches déjà (le bac de français de Mademoiselle Bee...).
Il y a les calculs de Petit Sapin qui explique, avec un grand bon sens : "C'est normal que le temps semble passer plus vite quand on vieillit... Au début, un an, c'est énorme par rapport à l'existence totale d'un bébé ou d'un enfant... Mais quand on a 10 ans, c'est le dixième... Et à 20 ans, c'est le vingtième seulement... Et à 40 ans..." C'est pourtant vrai !
Il y a enfin le sentiment indéfinissable du temps qui passe. On le perçoit à certains signes : la succession des saison ou la belle barbe poivre-et-sel que le Grand Chêne se laisse pousser... Et l'on se demande ce qu'est le temps, au fond, et ce que nous y devenons...
L'heure de philosopher a sonné :
En réalité, le passé se conserve de lui-même, automatiquement. Tout entier, sans doute, il nous suit à tout instant : ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre première enfance est là, penché sur le présent qui va s'y joindre, pressant contre la porte de la conscience qui voudrait le laisser dehors. (...)
Sans doute nous ne pensons qu'avec une petite partie de notre passé ; mais c'est avec notre passé tout entier, y compris notre courbure d'âme originelle, que nous désirons, voulons, agissons. Notre passé se manifeste donc intégralement à nous par sa poussée et sous forme de tendance, quoiqu'une faible part seulement en devienne représentation.
De cette survivance du passé résulte l'impossibilité, pour une conscience, de traverser deux fois le même état. Les circonstances ont beau être les mêmes, ce n'est plus sur la même personne qu'elles agissent, puisqu'elles la prennent à un nouveau moment de son histoire. Notre personnalité, qui se bâtit à chaque instant avec l'expérience accumulée, change sans cesse. (...)
Ouf. (Merci Henri Bergson, dans l'Evolution créatrice.)
samedi 24 décembre 2011
Noël à Nagasaki
Il y a des lectures qui tombent bien...
Requiem pour Nagasaki de Paul Glynn raconte la vie et la mort de Takashi Nagai, médecin pionnier de la radiologie que l'on surnomme le Gandhi japonais. Il avait déjà contracté une leucémie à cause de son travail avant d'être victime des radiations de la bombe A... Profondément croyant, il a fait de son expérience personnelle l'occasion de compléter ses travaux scientifiques tout en donnant un témoignage spirituel exceptionnel.
Le livre est jalonné de moments intenses, chargés d'une portée symbolique qui résonne à travers les années...
Ainsi, lors de l'explosion de la bombe A sur Nagasaki le 9 août 1945, la cathédrale se trouvait à l'épicentre. L'une des tours fut décapitée et sa coupole projetée au loin avec sa cloche, fêlée et inutilisable. L'autre tour s'effondra sur elle-même en un tas de gravats. Tandis que la vie s'organisait parmi les ruines, Takashi Nagai (malade, blessé, devenu veuf) et ses amis travaillaient de leur mieux pour soigner et soutenir les survivants.
Alors que le mois de décembre approchait, (ils) se dirent qu'il valait peut-être la peine de chercher la cloche sous les décombres. (Ils) se mirent au travail pour déplacer la montagne de gravats et, à la fin de la matinée du 24 décembre, ils aperçurent le sommet de la cloche. Ils prirent leur repas, puis récitèrent le chapelet à la suite de Nagai. Enfin ils se remirent d'arrache-pied au travail, dégagèrent les côtés de la cloche sans trouver de fêlure. (On) construisit un appareil de levage et parvint à soulever la cloche ; elle semblait en état. Une fois qu'ils eurent terminé de fixer la cloche sous un trépied de poteaux en cyprès, il faisait déjà noir ; il était six heures du soir et ils décidèrent de sonner l'angélus.
(...) A cette heure-là, (les chrétiens du quartier) se préparaient à prendre un maigre repas dans leurs cabanes, sans attendre rien d'autre qu'une morne messe de minuit dans le hall calciné de l'hôpital Saint-François. Soudain, un vrai miracle transforma l'obscurité de l'hiver. L'angélus nostalgique ! Le carillon de la cloche était d'autant plus clair qu'il n'y avait pas de grands bâtiments dans ce faubourg de cabanes. Il leur semblait que la cathédrale renaissait de ses cendres pour annoncer la naissance du Christ.
(Takashi Nagai intitula le premier livre qu'il projetait d'écrire : Les Cloches de Nagasaki.)
Que le carillon de Noël résonne profondément dans votre coeur et ranime en vous l'espérance pour chaque jour (et chaque nuit) de l'année à venir.
samedi 17 décembre 2011
Une étape
Par choix (donner à chacun la possibilité d'aller dans l'école qui lui convient) et par nécessité (ici, les rares personnes qui marchent le long de la route font l'objet de la curiosité générale, à moins d'être équipées pour la marche sportive), Myosotis passe beaucoup de temps en voiture.
Même les jours où il n'y a pas d'accident, c'est un peu pénible à la longue. Mais c'est parfois aussi distrayant... Le long de l'autoroute, on peut par exemple s'amuser à faire la liste des objets égarés sur le bas-côté : chaussures, vêtements, casques de chantier, coussins, étagères, fauteuils, canapés, matelas... (On se demande comment certains objets ont pu échapper à l'attention de ceux qui les transportaient...)
La voiture est aussi un lieu privilégié où l'on se retrouve, après une longue journée d'école, assis, attachés côte à côte, ce qui constitue une bonne occasion de parler un peu...
En tout cas, cette semaine, l'évènement a eu lieu sur les cadrans du tableau de bord. On est passé de ceci :
à cela :
100 000 miles ! 170 000 kilomètres !
Ce n'est pas toujours Myosotis qui la conduit, mais c'est quand même une brave voiture... Alors elle a reçu une décoration spéciale, avec la reconnaissance de tout le petit jardinGrâce à cet autocollant, chacun peut désormais constater que l'heureuse famille propriétaire du véhicule susdit se compose d'un Papa col blanc, d'une Maman qui lit, d'une grande fille qui aime la musique, d'un grand garçon qui fait du skate-board, d'une petite fille qui fait de la gymnastique, d'un petit garçon amateur de locomotives et d'un lapin.
Les autres automobilistes y seront-ils attentifs ? Et si cela faisait sourire un peu ceux qui suivent de trop près, pressés de dépasser pour foncer plus loin ?
dimanche 4 décembre 2011
Hiérarchiser les informations
Le Grand Chêne est en Afrique du Sud, pour cette conférence sur le changement climatique dont ne peut pas sortir un véritable accord (tout le monde est d'accord sur cette impossibilité de fait) mais dont les à-côtés portent des fruits moins médiatiques, moins éclatants et pourtant positifs...
Pendant qu'il va sauver le monde, Myosotis se débrouille avec le Petit Jardin.
Il y a les sautes d'humeur de Mademoiselle Bee (qui fait de gros efforts malgré tout...). Il y a le caractère réservé de Petit Sapin (qui prend soin de parler davantage et de rendre service...). Il y a l'évanescence de Petit Bouton d'or (qui réapparaît parfois, sans prévenir...). Il y a les questions incessantes de Petit Lierre (assorties de remarques et revendications diverses...). Tout cela, au fil des jours, accompagne en toile de fond les conduites entre les 4 écoles, les tâches ménagères, les courses et les cours particuliers de français que Myosotis donne ici et là.
Les journées sont longues et le Grand Chêne n'a pas beaucoup de temps pour donner des nouvelles ni pour lire les e-mails familiaux. Aussi, quand par hasard Myosotis apprend qu'il a téléphoné au moyen de Skype alors qu'elle n'était pas là, elle veut tout savoir et elle interroge le premier participant à la conversation qui est à sa portée. C'est Petit Lierre...
- Alors, tu as parlé à Papa qui est en Afrique ?
- Oui !
- Il va bien ? Tu l'as vu avec la caméra ? Tu lui as parlé ? Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Il sait jongler avec des quilles !
- ... ?
(Ce sera tout ce que l'on obtiendra comme nouvelles pour cette fois...)
samedi 19 novembre 2011
Il est parti avec un rêve...
C'était inimaginable et bien sûr personne n'était prêt à affronter ça...
Pourtant c'est arrivé : il avait un peu plus de 25 ans, il aimait à la folie le Moyen-Age, la chevalerie et les jeux de rôles. Il se voyait sérieusement maître-artisan, maréchal-ferrand ou ferronnier...
Il a partagé ses études d'histoire, ses rêves et ses jeux avec sa bande d'amis.
A la fin de l'été, il est allé passer deux jours à faire revivre une fois encore son univers de prédilection, en tenue de chevalier, avec d'autres compagnons d'armes et de jeux... Et de retour chez lui, il a ressenti les premières attaques d'un mal violent qui s'est avéré mortel, malgré tout ce que l'on a tenté pour le sauver.
Du soir de septembre où il est tombé malade à ce jour de novembre où sa bande d'amis s'est retrouvée autour de sa tombe, les semaines se sont succédées, cruelles, avec des moments d'espoir ténu (le sauver quand même...) et de longues étapes d'agonie. Son amie, sa famille, ses copains, vont devoir apprendre à vivre avec l'horrible bête gluante, griffue et brûlante du deuil implacable qui se loge partout et interdit pour longtemps le bonheur.
Nicolas est parti avec son rêve. Aujourd'hui, pour ceux qui le pleurent, poursuivre son rêve ensemble est peut-être le meilleur moyen de rester un peu avec lui. Comme si voyager dans le temps offrait aussi une porte sur l'Au-delà...